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13/01/2026

LES de PUTASSIER de BERNE-ATH (3)

LES de PUTASSIER de BERNE-ATH, NOBLES DÉSARGENTÉS

Scène 3 – L’HEURE DE PASSER À TABLE

— Jeanne-Antoinette !... JEANNE-ANTOINEEEEEETE !
— Oui, mère, je suis là.
— Jarnicoton, ma fille ! Combien de fois ne vous ai-je pas priée d’être à l’heure aux fourneaux quand il faut préparer nos repas ?
— Repas, repas... Faut-il être deux pour trancher une tomate en huit et découper deux feuilles de jambon en fines lanières pour faire croire à une montagne de charcuterie ?
— Il faut bien que je vous apprenne à cuisiner, petite insolente ! À peine quinze ans et effrontée comme une harengère ! Si je pouvais vous priver de l’argent de poche que vous ne recevez pas...
— Bon, qu’y a-t-il à préparer ?
— Aujourd’hui, rôti de bœuf, frites et salade de laitue avec vinaigrette !
— Pardon ? Nous avons gagné au loto et on ne me dit rien ?
— Ne vous emballez pas, Jeanne-Antoinette ! C’est juste que... en allant acheter une bouteille d’eau pétillante au supermarché, j’ai, disons prélevé dans un conteneur derrière le magasin un peu de viande ainsi que quelques solanacées et feuilles de verdure. Bon, pendant que j’épluche ces quatre tubercules, vous allez laver et essorer la laitue. Où est le couteau économique ?
— Mère, vous oubliez que père a encore porté une partie des ustensiles de cuisine au mont-de-piété avant-hier !
— Juste ! Ce n’est pas grave, je vais les gratter avec du papier Émeri. Nous perdrons encore moins de chair ! Pour la laitue, gardez les feuilles pas trop fanées : elles passeront avec la vinaigrette.
— Et pour essorer, je fais comment ?
— Il doit bien rester du papier journal quelque part. Débrouillez-vous, Jeanne-Antoinette. À la guerre comme à la guerre !
— Je crains qu’en utilisant le papier journal, il n’en reste plus pour les vespasiennes.
— Vous le mettrez à sécher après, tout simplement.
— Vous êtes certaine que ces pommes de terre sont encore comestibles, mère ?
— Ne vous inquiétez pas de cela ! La laitue est essorée ? Coupez les feuilles en morceaux et déposez-les dans une assiette creuse. Il nous en reste ?
— Oui, tout juste quatre.
— Parfait. Formidable, ce papier Émeri !... Pendant que je termine, posez la poêle sur la gazinière et allez chercher le rôti que j’ai déposé sur l’appui de fenêtre, qu’il reste au frais. Bien... Voilà ! Coupez ces bintjes en frites. Je les cuirai en même temps que la viande pour épargner de la matière grasse.
— Mère, si vous prenez ce qu’il reste d’huile dans la bouteille, il ne me sera pas possible de confectionner une vinaigrette.
— Qui a parlé d’huile ? Il me reste un fond de vaseline dans un tube que j’utilise pour... Pour me protéger des gerçures en hiver. Cela fera parfaitement l’affaire.
— Voici la viande mais... Vous parliez d’un rôti, mère...
— C’est un rôti plat.
— Et la teinte verdâtre ?
— Elle disparaîtra lors de la cuisson. Bon... Un peu de vaseline... Une allumette... J’espère qu’il reste assez de mofette dans la bouteille de gaz... Pendant que je surveille la cuisson, préparez la vinaigrette : pas trop d’huile, pas trop de vinaigre, pas trop de poivre ni de sel et... pas de moutarde, il n’y en a plus. Ensuite, vous irez dressez le couvert – du moins ce qu’il en reste – et préviendrez votre père et votre frère qu’il est l’heure de passer à table.
— Bien, mère. 

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