29/08/2009
UN TRIP PEU COMMUN
En plein midi, sur le bas-côté d’une route pourrie qui traverse le désert du Nevada, Neal Cassady est occupé à changer un pneu crevé. Il sue tel un verrat qui termine un marathon derrière un quatuor de truies en chaleur. Un gamin aux cheveux blonds, vêtu d’un costume blanc et d’une cape bleue, s’approche silencieusement de lui, comme sorti de nulle part. Le jeunot lui touche l’épaule. Neal sursaute, essuie la transpiration acide qui lui brouille la vision, hausse les épaules et reprend son travail.
« Bonjour ! lance poliment le blondinet efféminé.
— Hum...
— Je m’appelle le Petit Prince, poursuit le Petit Prince. Et vous, c’est quoi votre nom ?
— Hum...
— Voulez-vous bien me dessiner un coyote en érection ?
— Hum... »
Le pneu neuf est en place. Neal Cassady range la roue inutilisable et ses outils. Il essuie à nouveau la sueur qui lui dégouline le long du visage et du torse. Il reprend place au volant du bus des Merry Pranksters et démarre à fond la caisse. Plus ou moins attentif à sa conduite, Neal pense : « Un coyote en érection ! Et pourquoi pas un mouton à deux queues ?... Je devrais peut-être arrêter le LSD... » Mécaniquement il avale deux nouvelles petites pilules. Dans son dos, ça continue à ronfler pas possible.
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28/08/2009
MISE EN BOÎTE
Zekrov eut l’impression de pénétrer dans un œuf tant la piste était bondée. Un œuf cuit dur. Dans de l’albumen, il se serait faufilé sans trop de difficultés. Vu la compacité de ces corps, fournaises en plein corroyage, il décida d’employer les grands moyens : les décibels couvriraient haut le tympan les cris des ecstasyés.
De sa troussette à outils, il parvint à extirper une aiguille à ravauder les chausse
ttes en grosse laine, héritage de sa grand-mère. L’aiguille. Les chaussettes faites maison, il y avait longtemps qu’il en avait jeté la dernière paire. Ainsi armé, il se mit à se frayer un passage dans la transe collective, tel un Roland moderne en pleine dessarrasinisation. Tant pis pour les problèmes de séropositivité : il avait une mission à remplir et n’avait jamais failli.
Il finit par atteindre son Graal : le DJ qui officiait tout au fond, torturant des vinyles comme un Sade et un Mengele réunis. Sachant que la tonitruance l’empêcherait de lui parler, il lui tendit une feuille de papier sur laquelle il avait écrit : « Vous avez vingt secondes pour ramener le volume sous les 90 décibels ! » Le génie de la trémousse lui montra le doigt qu’il ne faut pas et retourna à ses platines et curseurs. Zekrov colla discrètement sa grenade sourde sur la paroi que surplombait le grand prêtre et s’en fut à coups d’aiguille à ravauder. À l’extérieur, il rendrait l’ouïe à sa bombinette à champ d’action réduit.
Son employeur, Missions Incompossibles, une firme spécialisée dans les interventions urgentes à la demande de particuliers, serait content de lui, comme toujours.
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27/08/2009
L'AMÉLIORATION
Son détecteur de mensonges était devenu infaillible depuis qu'il l'avait couplé à une guillotine sensible à la plus minime hésitation.
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26/08/2009
LE JEU DE RÔLES
« Pour voir un peu ce dont vous êtes capables, dit le psychomanager aux candidats vendeurs, nous allons faire un petit jeu de rôles. D'accord ?
— Oui, chef !
— Il faut que ça se passe comme dans la réalité. Compris ?
— Oui, chef !
— Sûr ?
— OUI, CHEF !
— Vous, dit-il à un premier candidat, vous serez notre vendeur.
— Oui, chef !
— Et vous, dit-il à un deuxième candidat, vous serez un client mécontent.
— Sans problème, chef ! répliqua ce dernier en enfonçant un couteau dans le ventre du premier. »
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22/08/2009
EFFET INDÉSIRABLE
En panne de Viagra, il avala quelques cuillers d’amidon : il ne voulait pas la décevoir. Le produit n’eut aucun effet sur sa verge de quatre-vingt-six automnes mais ses paroles devinrent si dures que sa jeune maîtresse le quitta définitivement.
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19/08/2009
4. RECHARGER SES BATTERIES AUTREMENT

Un-Grand-Chapeau-Noir-Sur-Un-Long-Visage sort de chez son électrochoqueur. Depuis qu’il a goûté dans son adolescence à ces petits plaisirs électriques, il peut difficilement s’en passer. C’est comme ça qu’il recharge ses batteries et quand elles sont pleines à craquer, ses deux cent cinquante-huit muses toutes accros aux volts et autres ampères rappliquent dare-dare à toute biture !
Un-Grand-Chapeau-Noir-Sur-Un-Long-Visage allonge les pas au bout de ses grandes jambes : il entend dans son dos le galop de ses deux cent cinquante-huit muses et il faut qu’il s’installe le plus rapidement possible devant sa machine à écrire pour noirencrer sur le papier tous les poèmes qu’elles vont lui souffler à l’oreille.
Il aura encore de quoi rendre jaloux Baudelaire qui a promis hier de repasser chez lui aujourd’hui. Bien qu’il ne comprenne pas trop les figures de contrestyle en français, il a préparé une manne de vêtements lavés et séchés la veille au vent sec du Montana. Le tout sera de retrouver le fer.
Ce texte est extrait d'un ensemble de quinze intitulé Un-grand-chapeau-noir-sur-un-long-visage. Il sera repris dans une anthologie consacrée à Richard Brautigan, Banlieue de Babylone. Maître d'oeuvre : Hervé Merlot.
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15/08/2009
LE FRÔLEUR
Durant le carnaval, il suivit de bistros en tavernes un personnage émacié vêtu de haillons noirs, transbahutant une encombrante faux. S’il avait moins bu ce jour-là, il n’aurait pas vilainement crashé sa voiture contre un arbre et aurait pu raconter à ses amis comment il avait frôlé la mort une bonne dizaine de fois.

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14/08/2009
RIVIÈRE POÉTIQUE
Cette croqueuse de mâles noyait tous ses partenaires incompétents dans la petite rivière qui coulait à l’orée de sa propriété. Petit cours d’eau qu’elle appelait familièrement sa rivière de dits amants.

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13/08/2009
ENTREPRISE FAMILIALE
Ses sacs en peau de serpent étaient aussi rares que chers : il n’en produisait pas plus de cinq ou six par an, que de riches gourdes s’arrachaient à coups de dizaines de milliers d’euro lors de mémorables ventes aux enchères. Dans le privé, il avait épousé une véritable vipère et se consolait comme il pouvait avec ses mues.
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11/08/2009
Courts, toujours ! (2)
UN SUPER JOB
Il était si pauvre qu'il ne possédait même pas une sébile pour mendier.
LE RETARD
Il consulta de nouveau sa montre : le train avait maintenant dix minutes de retard. À refaire, il aurait bien pris un oreiller. Le rail sous sa nuque le faisait souffrir.
REPAS DE FÊTE
Lorsque le cours de l’or dégringola au point que la valeur du métal jaune se trouvât réduite à pratiquement rien, le propriétaire de la poule aux œufs d’or s’offrit un excellent bouillon suivi d’un succulent vol-au-vent.
Trois extrait de Courts, toujours !
Recueil inédit de 150 contes élagués
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03/08/2009
RECORD BATTU !
............................................À Alain Sagault
Elle ressuscita le second jour !
(As-tu plus court, Alain ?)
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20/07/2009
BATTRE SON MAÎTRE !
Inconditionnel de Neil Armstrong, il rêvait d’être le premier homme à marcher sur le Soleil. Il s’entraînait ferme en cachette. Dans sa maison, ça sentait partout la couenne brûlée. Heureusement, il avait réussi à se faire sponsoriser par un fabricant de pansements gras.

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16/07/2009
Désiré Maigros

Un épisode inédit de la Saga Maigros, le # 86, est à lire ici…
http://fr.calameo.com/books/00004072549c62c1404fb
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13/07/2009
COURTS, TOUJOURS !

LE BÉBÉ
« Wouiiin ! Wouiiin !
— Il pleure, Maman... Eh ! Il pleure, le bout d'chou...
— J'y vais.......... Et alors, mon bébé... T'as encore soif après tout c'que t'as bu ?... T'as fait la grosse commission ?.......... Même pas...
— Wouiiin ! Wouiiin !
— Qu'est-ce qu'il a à pleurer comme ça ?
— J'en sais rien, moi, Papa... Fais lui des guili-guili, pour voir... Regarde, bébé, Papa est là qui fait des guili-guili......
— Wouiiin ! Wouiiin !
— À mon avis, Maman, il veut autre chose que des guili-guili...
— Je n'sais pas, mais en tout cas, demain, on l'emmène à l'hôpital,
— Wouiiin ! Wouiiin !
— Et je m'fiche pas mal de ce qu’ça va coûter, mais on va la faire enlever…
— Wouiiin ! Wouiiin !
— Cette étiquette Made in Taiwan !
Le défi
« Tu m'auras pas-eu, tu m'auras pas !
— C'est c'qu'on va voir-eu, c'est c'qu'on va voir-eu ! »
La fillette détala en riant, poursuivie par le petit garçon.
« Tu m'auras pas ! cria-t-elle encore en se retournant sur son poursuivant tout en continuant sa course. »
Elle était dans le vrai. Le garçonnet ne l'eut pas mais le semi-remorque, oui.
L’Écœuré
Sommité en chirurgie esthétique, il devint allergique à la fatuité et fut le tout premier à pratiquer la chirurgie-plastic.
Trois extrait de Courts, toujours !
Recueil inédit de 150 contes élagués
Collage de Philippe Lemaire : La réductrice de tête
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11/07/2009
DéBUSQUER PARTOUT LA POéSIE
shougloushouglouglou
roroïroïroïoïoïoïoïoï
zzziiiiiiiîîîîîîîîîîî
Du bruit. Rien que du bruit & plein de trucs dans la bouche, dont des doigts. Pas évident de débusquer la poésie dans un cabinet dentaire... Sauf peut-être chez la dentiste mais je ne m'engagerai pas en terrain inconnu avec une fraise entre les lèvres...

Illustration de Pierre Tréfois.
Extrait de Prises de vies en noir et noir.
À paraître aux Éd. Gros Texte.
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10/07/2009
JIVAROSSERIES
Quatre des cent cinquante contes élagués de Jivarosseries
(Éd. Memor, 2004).
L'ARGENT FACILE
Il avait déposé à la SABAM toute une série de compositions assez répétitives axées sur deux ou trois notes. Sans cesse, il portait plainte. Et, sans cesse, la gendarmerie lui payait des droits pour exécutions publiques non autorisées.
L'ÉGOPHOBE
Le gynécologue diagnostiqua bêtement une fausse couche. En réalité, le foetus se détestait tellement qu'il s'était suicidé dans le ventre de sa mère.
LE PRÉCURSEUR
Il dessina une femme à poil sur le mur. Horreur ! Tollé général ! Il se fit jeter dehors comme un malpropre. Définitivement. Les autres s'échinèrent à faire disparaître toute trace de son oeuvre : la horde de Lascaux avait déjà des principes.
LE SLIP
Ce matin-là, pour se rendre au travail, il se mit un slip de femme sur la tête, un peu comme on porte une casquette. En rue et dans le métro, les gens s’étonnèrent, s’offusquèrent, sourirent ou rigolèrent ouvertement.
Il recommença les jours suivants, imperturbable. La sixième fois, il croisa un autre homme portant le même genre de couvre-chef. Puis, chaque jour, de plus en plus d’imitateurs. Même des femmes coiffées de caleçons.
Après sa vingtième exhibition, il rentra heureux : plus personne ne l’avait regardé comme un extra-terrestre et il estimait à un sur cinq les gens se promenant avec un sous-vêtement sur la tête. Il jeta le slip à la poubelle et éclata de rire : l’humain devenait de plus en plus con !
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09/07/2009
SIGNE DE TÊTE AFFIRMATIF
Il frappa à la porte du bureau du directeur.
— Entrez ! ordonna une voix glaciale.
Il avança jusqu'au bureau, salua le directeur d'un signe de tête et contempla la pointe de ses chaussures.
— Votre conduite est inqualifiable !
Signe de tête affirmatif.
— Tous vos professeurs se plaignent de vous ! Sans exception !
Signe de tête affirmatif.
— Nous vous avions généreusement prévenu !
Signe de tête affirmatif.
— Vous savez ce que le règlement prévoit et ce qu'il vous reste à faire !
Signe de tête affirmatif.
— Soyez heureux que nous vous laissions encore le choix !
Signe de tête affirmatif.
— Exécution !
Il gagna, toujours tête baissée, le réduit attenant au bureau du directeur et en referma doucement la porte. Sur une petite table, une lame de rasoir, un revolver et une fiole de poison l'attendaient.
Extrait de Élagage max…
(Préface de Jacques Sternberg)
Éd. Memor, 2001
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07/07/2009
SUR LE PARKING DE L'HOSTO
Je patiente dans la voiture. Je me roule une cigarette (du tabac Gauloise Caporal) & l'allume. Je me dis que j'écrirais bien un p'tit poème mais il pleut & la pluie ne m'inspire pas. Heureusement pour vous qu'il pleut 3 jours sur 4 par ici !

Extrait de Prises de vues en noir et noir, cent courtes proses illustrées chacune par Pierre Tréfois. À paraître prochainement aux Éditions Gros Textes.
08:30 Publié dans Contes élagués et courtes proses | Lien permanent | Commentaires (6)























































