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25/12/2009

CADEAU EMPOISONNÉ

...Dans sa grande mansuétude et comme cadeau de Noël, le tout nouveau souverain pontife Conon II autorise exceptionnellement le clergé à s’envoyer en l’air le jour de l’Ascension en 2010. En imposant toutefois une petite limite : uniquement avec des femmes, majeures et consentantes. Restriction papale qui refroidit beaucoup les ardeurs du clergé.

18/12/2009

UNE VICTIME DE L'HYGIÈNE

...On déshabilla le clochard, on lui donna un gant de toilette et un savon et on le poussa sous la douche en lui recommandant de bien frotter partout. Sans aucune expérience, il commença par les parties les plus sales : le derrière, le sexe, les pieds... Il regagna la rue rasé de frais, propre comme un sou neuf, habillé de vêtements sortant de la blanchisserie.
...Quelques heures plus tard, il se découvrait des hémorroïdes dans les oreilles, des morpions aux aisselles et des verrues partout sur le corps.

16/12/2009

IL FALLAIT Y PENSER

...Il comprit qu'il y avait de l'eau dans le gaz, ce qui ne l'arrangeait pas du tout. En catimini, il ajouta une dose de pastis. Le mariage se fit instantanément. Le gaz, comprenant qu'à deux contre un la partie était vaine, s'échappa. Sans le moindre remord pour les conséquences désastreuses sur l'effet de serre.

13/12/2009

DÉVEINE

...Il avait attendu ce courrier avec une impatience considérable. Pourtant, lorsque la lettre arriva, il n'osa l'ouvrir. Il la déposa sur la vieille table basse du salon et attendit que l'antique coucou de la Forêt Noire, rapporté lors de l'un de ses nombreux périples, ait laissé son petit oiseau prendre l'air plus de cent cinquante fois avant de se décider.
...
Durant ces vingt-quatre heures de procrastination, il passa en revue une incroyable série de beuveries que sa mémoire d'éléphant avait enregistrées dans leurs moindres détails. Il remonta une vingtaine d'années en arrière - exceptionnelle, sa quantité de souvenirs ! - et, non, vraiment, il ne voyait pas comment il aurait pu... Il avait toujours pris toutes les précautions possibles, s'était abstenu de boire quand le plus infime doute avait traversé son esprit, préférant se priver plutôt que de courir le moindre risque.

...
Il finit par se convaincre qu'il avait été stupide d'effectuer cette démarche. Le cœur léger, il prit son coupe-papier à lame en ivoire et manche d'ébène et incisa l'enveloppe. D'une main ferme, il en sortit le feuillet et découvrit les résultats de l'analyse. Son teint, déjà fort pâle, perdit toutes couleurs. Il se laissa tomber dans son ottomane : il était séropositif. Dépité, Dracula se mordit les lèvres, cherchant à se rasséréner avec son propre sang.

09/12/2009

NOUVELLE TECHNIQUE

Si attirer la jeune fille à l’écart de la fête fut chose aisée – son charme n’avait rien perdu de son intensité – l’entraver et la bâillonner se révélèrent deux exercices de haute voltige. Là, il commençait sérieusement à sentir le poids des ans. Sa  joue droite, lacérée de vilains coups d’ongles, le lui rappellerait quelques temps.

La voiture à l’abri des regards dans son garage souterrain, il extirpa sa victime du coffre exigu dans lequel il avait presque dû la plier en accordéon. « Souple ! Bon signe ! » Il la transporta dans son salon de dégustation qui jouxtait le garage. Il fixa une manille à la sangle qui lui entravait les chevilles et, à l’aide d’un système de chaînes et de poulies, l’éleva sans effort vers le très haut plafond jusqu’à ce que sa tête se trouve à hauteur de la sienne. La longue robe tomba comme un rideau, la cachant à demi et révélant de fort jolies jambes qu’il admira quelques instants. « Quel gâchis ! Mais c’est elle ou moi. » D’un geste brusque, il arracha l’habit d’organdi et le jeta dans un coin. La prisonnière en recouvra ses esprits et voulut hurler. Impossible.

Il sourit. C’était toujours meilleur quand elles étaient en pleine possession de leurs sens. À l’aide d’un stylet flambant neuf, il pratiqua une petite incision au niveau du cou et, patiemment, recueillit le mince filet incarnat dans une flûte en cristal. Depuis qu’il s’était fait poser un dentier complet, Dracula avait dû revoir sa technique d’alimentation.

« Santé ! »

05/12/2009

Maigros - Épisode 90

Tout spécialement pour Marc Bonetto :

MAIGROS vs LE PÈRE MAÇUEL


...Maigros sort de chez Claude Poncelet, un peu plus lourd de deux plombages aux molaires, un peu plus léger de quelques centilitres de liquide séminal. Pour digérer la cyprine de la dentiste, un peu trop marache1 à son goût, il décide d’aller s’envoyer un ou deux pastis-Guinness au Lolotte’s Bar. Après tout, il est en mission…
...À l’entrée de la rue de Dampremy, il tombe sur un attroupement : une trentaine de personnes sont regroupées autour d’un énergumène épouvantaillé en ce qui ressemble à un curé de l’ancien temps. L’accoutré, juché sur un baudet et coiffé d’un chapeau qu’une sorcière ne renierait pas, vocifère pour son public.
...— Une mosquée, c’est plus dangereux qu’une centrale nucléaire !... On peut tout changer, on peut tout moderniser, sauf Dieu !... La caravane aboie, les chiens pissent !... Bâtir une mosquée en Europe, c’est pire que les SS-20 soviétiques !...
...— Si les voies du seigneur sont impénétrâp’, c’est pasque les tapettes bandent mou !
...— Qui es-tu, toi qui oses interrompre la parole de notre seigneur Dieu ?
...— Inspecteur principal Maigros Désiré, d’la police de Châlèrwè ! Vos papiers !
...— Vade retro, Satanas ! Tu t’adresses au père Maçuel !
...Maigros, sentant que les badauds ne lui sont pas trop sympathiques, sort sa pétoire et se la joue à la Dirty Harry.
...— Ta gueule, le corbeau d’musique-ale ! Tes papiers, j’ai dit ! J’compte jusqu’à trois et j’crève les sabots d’ton véhicule ! T’as pas vu l’panneau ? Un cerc’ rouch’ avec du blanc d’dans ! Ça veut dire « Interdit à tout conducteur », Trouduc ! Un… Deux…
...— Ne vous énervez pas, Inspecteur. Voici ma carte d’identité. Je suis citoyen belge !
...— Citoyen, mon cul !
...Maigros saisit la carte que lui tend l’enfroqué.
...— Tu descends d’ton véhicule et tu mets les mains sur la selle… Père Maçuel, tu m’as dit… Là… Écarte les jambes, connard ! Là, c’est marqué Boniface Zodemir, né à… Où ça ?
...— C’est au Kurdistan, Inspecteur.
...— Mwé… Kurdistan, Jelvikistan, ça rim’rait dans un poème à Poireau. Écartez-vous, l’public, ou j’tire dans l’tas ! Et c’est pas des balles en chwaingomme ! Bon… D’abord, t’enlève ton déguis’ment, on n’est pas… Ta gueule !... En périôt’ de carnaval. Et j’te colle un premier pévé pour mascarade non autorisée. Deuzio, fais voir les papiers d’ton véhicule !
...— Mais ! C’est un âne !
...— Rien à foutre ! T’as l’certificat d’immatriculation, la cart’ verte et l’papier du contrôle technique ? Pasqu’il a plus d’quatre ans, ton véhicule, à voir comme y pollue à terre ! Ta gueule ! T’es pas en rèk’ avec ton véhicule ! Deuxième pévé ! Troizio, tu conduis dans un piétonnier ! Troisième pévé. Ta gueule, oh, dis ! Quatro, je t’en colle un d’plus pour exbitionnisme : on n’se promène pas en ville en calcif et T-shirt ! D’autant plus qu’il est marqué d’ssus « Fuck Benoît ixe vé un » ! Un cinquième pour incitation à la haine ! T’es mal barré, Corbeau ! T’es très mal barré ! Et ferme ton bec, le fromage est par terre depuis longtemps ! J’te déclare en état d’arrestation ! Tes droits ? Tes droits, j’m’en branle !
...Maigros passe un bracelet au poignet du père Maçuel et l’autre à une cheville arrière de l’âne qu’il attache solidement à l’un des petits arbres qui essaient de survivre dans la rue.
...— Tu bouch’ pas ! Les aut’, circulez ! J’appelle le panier à salade et la S.P.A. Et j’sais pas ’core qui pour quoi ! Allez ! Foutez l’camp !
...D’un pas décidé, Maigros reprend son chemin vers le Lolotte’s Bar. Il a vraiment besoin de quelques pastis-Guinness : il ne se souvient pas d’avoir jamais travaillé autant !

1 marache (wallon) : qui sent le poisson.

Cet épisode est paru dans Charleroi autrement, supplément au #21 de la revue Reflets Wallonie-Bruxelles.

Pour en savoir plus sur la victime de Maigros :
http://fr.wikipedia.org/wiki/P%C3%A8re_Samuel

29/11/2009

GUEULE DE BOIS

...AU RÉVEIL, LA bouche est toute pâteuse de résidus de rêves : langue engluée d'images insolites, gencives albuminées de mots insensés, dents intersticées d'interjections diverses.

...Méthodiquement, j'essaie de récupérer (raclements, fouinages, extirpations, excoriances) ces particules d'un tout pulvérisé, ces multiples schismes d'un dogme hérétique, ces flashes éparpillonnés dans le jais de l'amnésie. Lentement... Une tête empalée sur un corps... Un oeil yo-yotant à la patte d'un chien aveugle... Des enfants construisant un bonhomme d'eau sous la pluie... Une machine à déQ.I.fier les dresseurs d'animaux... Une bouche édentée, élanguée, élèvrée, ritournellant des mots d'amour... Des lambeaux de rêves que je patchworke patiemment. Jusqu'à ce que l'aiguille me transperce le pouce et que la douleur me réveille.

Extrait de Proses à hic, Éd. Gros Textes, 2001.
Pré-textes de Jean Claude Bologne.
Épuisé (je pense).
L'éditeur : gros.textes@laposte.net
Son site : http://rionsdesoleil.chez-alice.fr/GT-CatalogueGeneral.htm

24/11/2009

JEU POUR ADULTES

Lorsque le roi vit sa reine se faire mettre par son fou de droite, il les cloîtra tous deux dans la plus délabrée des tours. Il s’installa dans l’autre avec ses deux cavaliers et son fou resté fidèle pour faire ripaille. Frustrés, les pions firent le siège des deux bâtiments, liquidèrent définitivement le seigneur et sa cour et rasèrent ses murs.

23/11/2009

COMMANDE À DISTANCE

Commande à distance (Fossé).jpgJe voudrais être toi. Toi qui lis ceci. Ma main déposerait le stylo et la tienne le reprendrait. Histoire que tu voies ce que c'est, écrire. Ou du moins essayer. De mon côté - c'est-à-dire du tien - je commencerais par éteindre la télévision puis je bazarderais la télécommande, que tu puisses travailler dans le calme.

 

 

Extrait de Dans la vie à coups de pioche, Éd. Gros textes, 2004.

Illustration de Fabrice Fossé.

14/11/2009

DROIT DE VOTE ET DÉMOCRATIE

Droit de vote (Fossé).jpgSi tu me dis que tu votes à droite, je resterai de marbre. Je suis gentil de nature. À chacun sa liberté de voter et de raconter pour qui il vote. Mais je penserai que je t'encule. Avec un manche de pioche. Serti de fil de fer. Barbelé. Rouillé. Et comme je suis gentil de nature, tu y prends du plaisir. À bon entendeur...

Extrait de Dans la vie à coups de pioche, Éd. Gros textes, 2004.
Illustration de Fabrice Fossé.

10/11/2009

DR. HOUSE REVISITED

Dr. House est la seule série que je regarde avec plus ou moins de régularité. J'ai donc un petit faible pour ce texte paru dans le n° 10 de La Belle-mère Dure.

- Alors, d'après vous, de quoi ce patient est-il atteint ? Foreman ?Dr. House.jpg
- Lupus ! Il faut le mettre sous corticoïdes et...

- Non ! Si c'était un lupus, il n'aurait pas autant de stéroïdes dans les urines ! Et vous avez certainement fait des placements dans les corticoïdes, vous, Foreman ! Numéro 13 ? Votre avis éclairé ?

- Maladie de Marmorøyen-Tørvikbygd ! On a l'haleine fétide, le sang dans les selles et...

- Impossible ! Avec un Marmorøyen-Tørvikbygd, il n'aurait pas la verge aussi ratatinée et les testicules comme des pitchounettes d'olives noires toute fripées. Kutner ?

- Insuffisance cardiaque, tout simplement. Le sang n'arrive plus à faire gonfler la verge et...

- Pas mal ! Ce patient manque certainement de cœur mais c'est insuffisant. Et puis, vous souffrez de défibrillationite aiguë, Kutner ! Toujours à vouloir électrochoquer le patient pour un oui ou pour un non. Et vous, Taub ? Une étincelle ?

- Euh... Je pensais à un hydrargyrisme sous cutané couplé à une phthiriase, ce qui expliquerait la couleur bizarre de la peau, les démangeaisons et la purulence au niveau du bas-ventre, les...

- Mais certainement pas les pets nauséabonds et la puanteur de sa sueur ! Zéro sur toute la ligne ! Pour toute l'équipe ! Vous êtes tous à côté de la plaque. Le patient souffre tout simplement de véreusité politique. Tous les symptômes concordent. Alors, vous me trouvez la plus grosse caméra d'exploration anale disponible dans cet hôpital et vous commencez par une colonoscopie sans péridurale, de l'anus jusqu'à l'estomac ! Oui, sans péridurale et jusqu'à l'estomac ! Après, on verra ce qu'on peut encore lui procurer comme autres petits plaisirs...

08/11/2009

TESTS

.....Elle a commencé par la chaise électrique. Puis elle est passée à la chambre à gaz, ensuite à l'injection létale. Elle a continué avec quelques armes à feu, différents types de grenades et des bombes de toutes tailles. Elle a tâté de la guillotine, de diverses armes blanches et contondantes. Elle est passée aux poisons. Finalement, rien ne lui plut autant que sa bonne vieille faux qu'elle se mit à aiguiser avec amour.

07/11/2009

PRUDENCE

prudence.jpgÀ l'approche de l'automne, je commence à regarder mes livres de plus en plus fréquemment, l'œil inquiet. C'est plus fort que moi : j'ai tellement peur qu'ils se mettent à perdre leurs feuilles !

Illustration de Joaquim Hock
Extrait de Contes de la poésie ordinaire (Éd. Memor, 2005)

28/10/2009

UN PETIT FUTÉ

Il arriva à l'entrée d'un long couloir. À gauche, un mur blanc et lisse. À droite, des portes blanches et lisses. Il poussa la première. Fermée. La deuxième. Verrouillée. La troisième. Même chose. Il les essaya toutes jusqu'au bout. Sans succès. Sa grand-mère avait raison quand, tout petit, elle lui disait déjà : « Vous n'êtes qu'un vilain garnement ! Vous n'irez jamais au Paradis ! » En voyou adulte, il sortit un pied-de-biche d'une poche spécialement aménagée dans son pardessus de monte-en-l'air.

26/10/2009

LA COURSE DES FANTÔMES

Au train-train et à ceux qui le poussent.

Huit heures du matin. Les fantômes sprintent pour un 54, un 63, un 29. Courent un peu plus loin pour un 71 et plus loin encore pour le métro. Les fantômes foncent vers un bus déglingué ou une rame pisseuse qui les emmène vers un immeuble blafard, un bureau terne, un boulot rebutant. Ils rencontrent des collègues fantômes, téléphonent, faxent, envoient des courriels à des fantômes éloignés, remplissent de fastidieux formulaires, rédigent d'ingrats rapports, examinent d'horripilants dossiers, obéissent aux ordres vexatoires de fantômes en chef.

Dix-sept heures. Les fantômes courent dans l'autre sens vers une gare puante pour attraper le train fétide de 17h18, 17h19, 17h20 ou 17h23 qui les ramène vers une lugubre destination, une rue morne, une maison chagrin. Là, ils mangent un repas fade en regardant un téléfilm creux, ont un feu follet d'orgasme avec un conjoint fantôme, dorment d'un sommeil trouble pour finalement arrêter la sonnerie d'un réveil bien réel et se lever pour une toilette mécanique, un petit dèj' insipide suivi d'une course fantôme vers...

Des fantômes. Même pas des spectres.

12/10/2009

GRAND-MAMAN 'POLDINE

(Une petite anecdote bien réelle qui me fait toujours sourire chaque fois que j'y repense.)

...Plus je vieillis, plus j'apprécie la compagnie de gens de soixante-quinze, quatre-vingts ans, voire plus. Serait-ce que mon rythme de vie - j'avance tout doucement dans la cinquantaine - se rapproche sans arrêt du leur ? Depuis quelques années, j'aime prendre le temps de faire les choses alors qu'avant, c'était la vitesse qui primait : en effectuer le plus possible dans le laps de temps le plus court. Comme la plupart des personnes du quatrième âge - ou presque - que je côtoie, je ne me lance plus tête baissée dans une entreprise mais je fais ça à l'aise, sur mon poids, comme on dit.
...
Ces « petits vieux », j'aime beaucoup les écouter raconter leurs souvenirs d'enfance, ce qu'ils ont vécu durant la seconde guerre mondiale, des anecdotes souvent très comiques alors que les temps étaient durs. Peut-être ont-ils, après plus de soixante ans, oublié les mauvais moments pour ne se rappeler que les meilleurs.
...
Et puis, il y a les perles qui se glissent à leur insu dans leur façon de s'exprimer, les mots écrasés, les tournures de phrases incorrectes, les expressions patoisantes et...

...Dernièrement, j'écoutais une vieille cousine raconter une petite histoire sur sa grand-mère :
...
« Le problème de Grand-maman 'Poldine, c'était qu'elle ne reconnaissait pas les couleurs.
...
- Elle était daltonienne ?
...
- Non, Nivelloise. »
...
Et moi, dans mes efforts pour conserver tout mon sérieux, de perdre complètement le fil de cette histoire.

08/10/2009

TEXTE NUiT

Texte nuit.gifÀ la lueur de la pleine lune, je déguste lentement une bouteille de vin. Le travail terminé, je prie pour inverser les rôles : une vide lune & une pleine bouteille ! Mais, bien entendu, le miracle n'a pas lieu : Dieu dort probablement déjà.

Illustration de Pierre Tréfois.
Extrait de Prises de vies en noir et noir
Éd. Gros Texte, 2009
8 € (+ frais de port)
L'éditeur : http://rionsdesoleil.chez-alice.fr/GT-CatalogueGeneral.htm

07/10/2009

Élagage max... (2)

CONFLIT DE GÉNÉRATIONS
Il était en avance sur son temps. Tellement en avance que, lorsqu'il mourut, personne ne savait qu'il était né.

NARCISSE 2001
Narcisse regardait la télévision vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Les programmes étaient tellement nuls qu'il avait fait remplacer l'écran du poste par un miroir.

CONSCIENCE PROFESSIONNELLE
Il décida qu'il n'aurait plus les pieds sur terre et s'efforça de tenir parole. Bientôt, on dit de lui qu'il vivait sur un nuage. Il se prit tellement au jeu que, les jours où le ciel était pur, il restait introuvable.

Trois extraits d'Élagage max...
Éd. Memor, 2001
Préface de Jacques Sternberg
(Le livre n'est plus disponible en librairie mais j'ai encore quelques exemplaires.)

06/10/2009

UN PETIT MÉTIER SYMPA

...Vous m'avez déjà probablement vu dans mes œuvres, très cher, sur l'une ou l'autre plage, à marée basse. Intrigué par mon manège - peu de gens travaillent à quatre pattes - vous avez dû vous approcher et sans doute votre dernier repas a-t-il fait connaissance avec le sable humide du jusant. Je risque peu de connaître cette avanie : dans mon métier, on travaille à jeun pour ne pas risquer de gâcher cette belle marchandise qui est notre gagne-pain.
...
Mon métier se perd. Jadis nous étions quelques dizaines mais il m'arrive de plus en plus rarement de croiser un confrère au bord des flots. Il faut dire que renifleur d'anus de méduse, ce n'est pas une sinécure. L'appendice nasal, au moindre faux mouvement, en prend pour son grade. Je ne compte plus les boîtes de pansements gras pour brûlures que j'ai consommées dans ma carrière ! Heureusement, je peux les faire passer dans mes frais professionnels. Vous aurez aussi remarqué que ma moustache et ma barbe, seules protections autorisées, sont dans un piteux état.
...
Pourquoi  je renifle l'anus des méduses ? Mais, très cher, vous n'y connaissez rien en nouvelle cuisine ! Lui sentir le fondement est l'unique façon de savoir si le coelentéré pourra être consommé sans risque !
...
Vous me semblez fort intéressé, très cher. Justement, dans quelques mois, je pars à la retraite. Je cherche un apprenti pour le former. Cela vous tente-t-il ? Un joli petit anus de méduse, tout frais ?

Texte paru dans Le Galopin #12 (décembre 2007)
Découvrez Le Galopin : http://www.galopin.info/home/journal.php

Méduse.jpg

28/09/2009

MAIGROS !!!

MAIGROS - Épisode 1 - DOSSIERS EN RADE

...L'inspecteur Maigros est assis à son bureau. Il râle comme un bouc en manque de biques : il ne sait plus où donner du neurone face au tas de dossiers qu'il a devant lui.
...Il y a cette histoire dite de l'exciseur, une crapule qui en quatre mois a assassiné cinq femmes
Maigros.jpgavant de ou après les avoir amputées de... Maigros en a un haut-le-cœur et se retient de gerber dans la poubelle croûteuse qui lui sert essentiellement à vider son cendrier et à chiquenauder ses crottes de nez.
...Ensuite, il y a ce père de famille trucidé - d'après Kansheck, le légiste - de quatorze coups de couteau. Là, on connaît le tueur : c'est Kevin, le fils aîné. Qui reste désespérément introuvable. « Sordide... » se dit Maigros.
...Puis vient cette série de tiger-kidnappings : pas moins de cinq en trois semaines, commis, semblerait-il, par le même trio qui écume la région de Charleroi et que la police ne parvient pas à appréhender.

...Cerise pourrie sur le gâteau moisi, Beyoncé, une fillette de huit ans, a mystérieusement disparu il y a trois jours. Jusqu'ici, les recherches n'ont absolument rien donné : nada sur toute la ligne. Une éventuelle demande de rançon pourrait faire bouger quelque chose mais l'inspecteur n'y croit pas vu l'origine quart-mondiste de la disparue. Il a d'ailleurs fallu plusieurs heures aux parents avant de remarquer l'absence de leur fille, ce qui n'a pas facilité le boulot des cognes.
...« Et si c'était le fils aîné qui était responsable de tout ? pense soudain Maigros, étonné d'avoir une pensée. Exciseur-assassin, parricide, chef de bande et pédophile, les quatre en une fois... Ça rendrait la tâche beaucoup plus facile ! »

...Le refrain de L'accordéoneu interprété par Bob Dechamps couine dans sa poche. Maigros extirpe son portable.
...- Ouais ?
...- Oh, Maigros, tu radines ou quoi ? On t'attend chez Lolotte pour l'apéro !
...- Merde ! Avec ma montre à lecture digitale, j'ai pas vu les aiguilles tourner ! J'arrive, Poireau !
...Maigros coupe la communication, enfile sa veste et quitte son bureau. Pour les enquêtes, il verra plus tard, bien plus tard.

Illustration : Sarah Dejaeger
Pour écouter L'accordéoneu par Bob Dechamps (1914-2002) :
http://www.youtube.com/watch?v=8xg7-kZJ5yM

Les 80 premiers épisodes de La Saga Maigros sont disponibles en fichiers pdf sur simple demande.

25/09/2009

CONTE À LA CON

Joanette et Firmin naquirent à quelques minutes d'intervalle. Sur la trente-deuxième ramification de la dix-septième branche, elles percèrent l'écorce du chêne tricentenaire, arbre remarquable qui étendait son ombre sereine sur une pâture du bocage normand, quelque part entre Villedieu-les-Poêles et Saint-Martin-des-Besaces.

À l'instant où elles eurent la taille de s'apercevoir, ce fut le coup de foudre - qui n'embrasa heureusement pas leur fagacé de père. Malgré les huit centimètres qui les séparaient à la base, elles ne se quittèrent plus des nervures, ne rêvant que de jouer à touche-nimbe et à saute-pétiole.

L'été passa, débonnaire, apportant aux deux feuilles passionnées ce qu'il fallait de soleil et de pluie. Leurs amours platoniques étaient au zénith de la fièvre quand, dans ses bottes d'averses et son manteau de bourrasques, mère Automne s'avança à grandes enjambées. Dans leurs robes de feu, Joanette et Firmin attendaient l'instant où elles seraient enfin libérées pour convoler en impatientes noces.

Le tourbillon qui les emporta en voulut tout autrement : c'est à peine si elles se frôlèrent avant d'être à jamais séparées. Firmin termina son vol sur une jachère où, lentement, il s'en retourna à la terre nourricière. Joanette atterrit dans une cour de ferme. Un valet désœuvré passa un coup de balai et incinéra les feuilles mortes derrière l'étable.

20/09/2009

J'IRAI...

J'IRAI BERNER TOUS les drapeaux, des blancs aux noirs, des lignés aux gammés. J'irai dépalataliser les justices pour leur apprendre à vivre ailleurs. J'irai déjecter dans le même sac les libertés-égalités-fraternités insignifiantes et j'irai le balancer dans le canal  le  plus  imbuvable en le pleurant, ce sac. J'irai disquer les barreaux, scier les barrières, mordre les entraves, saboter les freins de toutes sortes. J'irai pourrir les morales et incinérer leurs pus. J'irai étêter les sommets quitte à rendre les dieux encore plus inaccessibles. J'irai cautériser les plaies pour mieux rouvrir les scandales trop vite recousus. J'irai dévoiler les intégrismes de tous poils. J'irai lapider la misère à coup de lingots des Forts Knox et des fortunes quelconques. J'irai gripper les mécanismes aux rouages bien huilés et aux pattes bien graissées. J'irai vomir des biles bleues sur les éducations reçues. J'irai défenestrer les sentences et les maximes et les jugements  du premier au  dernier. J'irai décorder les gibets, démancher les haches, court-circuiter les chaises. J'irai dépiédestaliser les héros, poursuivre les exemples à suivre, désanctifier les vertus, hors-légaliser les lois. J'irai...
J'irais...
Si j'osais...

Extrait de Prose à hic.
Préface de Jean Claude Bologne.
Éditions Gros Textes.
Épuisé.

18/09/2009

TEXTE RéGiME

Petit déjeuner : rien.
Texte régime.gif
Déjeuner : 2 pastis.
Dîner : 2 pastis, légumes verts

plus une bouteille de vin.
Perte totale : 8742 neurones !

 

Extrait de Prises de vies
en noir et noir
.
Éditions Gros Textes (août 2009).
Illustration : Pierre Tréfois.


17/09/2009

INJONCTION

Avec l'âge, je suis devenu fainéant. Je ne le cache pas. J'adore ne rien faire, perdre mon temps... Si j'en avais la possibilité, je cultiverais l'oisiveté comme un forcené. D'ailleurs, en tant qu'écrivain, s'il est un ordre auquel j'obtempère, c'est bien « Paressez ! » plutôt que
« Paraissez ! »

Extrait de Dans la vie à coups de pioche.
Éditions Gros Textes.

(voir colonne de gauche)

Paresseux.jpg

07/09/2009

CE QUE FEMME VEUT...

Elle ne m’a pas demandé un siamois avec pedigree. Elle voulait juste un tigre nain, beige, orange et noir. Aux yeux vairons. Le gauche azur, le droit absinthe.

Elle ne m’a pas demandé la Lune. Elle voulait juste le dix-septième anneau de Saturne girant dans le sens opposé des aiguilles d’une montre autour de Miranda. « L’un des satellites d’Uranus, a-t-elle précisé en voyant mon ébahissement. »

Je ne me suis pas découragé.

Elle ne m’a pas demandé un château en Espagne. Elle voulait juste un petit nid de lumière ivoire, sans toit ni mur, sans porte ni fenêtre. À l’abri des regards indiscrets et des courants d’air.

Elle ne m’a pas demandé de rivière de diamants. Elle voulait juste un éclat de tourmaline naturellement prisonnier d’une translucide gangue de sardoine. « À porter en sautoir, a-t-elle ajouté. »

Je n’avais rien à lui donner excepté mon humble personne. Que je lui offris en cadeau.

Qu’elle refusa, la garce !

 

Naissance de Vénus (détail).jpg

 

05/09/2009

BELGIQUE — ÎLES FÉROÉ

Au Lolotte’s Bar, Maigros, Poireau, Cageoque et Irah sont lancés dans un marathon de couillon forcé. Le bistro est bondé : sur deux grands écrans plats nouvellement installés, les clients peuvent suivre en direct le match Belgique – Îles Féroé, une rencontre capitale pour les Diables Rouges qui, s’ils gagnent, seront qualifiés pour le prochain mondial de foot.

Cageoque, grand amateur de football, n’est pas trop à son affaire avec les cartes : il s’intéresse beaucoup plus à ce qui se passe sur l’écran. Maigros l’a déjà enguirlandé plusieurs fois : il déteste perdre, surtout quand on joue pour des tournées. Soudain…

« ...est battu, la balle effleure le poteau droit et pénètre dans le... »

Cageoque ne se sent plus.

« GooooaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAaaaaaaaaAaaaa
aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaAaaaaaaaaa
aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa
aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa

....— Ta gueule, Cageoque, le coupe Maigros, c’est pas les Diâp’ qu’ont marqué, grosse biesse ! »


Si vous désirez en savoir plus sur l’infâme inspecteur Maigros, voir dans la colonne de gauche. Âmes sensibles s’abstenir !

02/09/2009

LA PREMIÈRE FOIS

J’avais un peu plus de treize ans quand j’ai connu LE coup de foudre. Premier et unique car est-il possible de vivre une seconde fois cette sensation extraordinaire, quasiment irracontable ? Non, j’en suis persuadée. Plus de vingt ans se sont maintenant écoulés, j’ai connu d’autres amours mais à ce jour, je n’ai toujours pas revécu cela, pas avec une telle intensité.

 

Dès que nos regards se sont croisés, j’ai compris que ce serait lui. Il était tel que je me l’étais imaginée dans mes rêves. Brun tirant sur le roux, des yeux presque noirs, la taille adéquate, ni trop gros ni trop mince. Lui aussi réalisa que nous étions faits l’un pour l’autre et notre première rencontre reste le moment inoubliable entre tous.

 

Pendant plus de deux ans, nous ne nous quittâmes presque pas. Chaque fois que c’était possible, nous étions ensemble. Mes parents, comme tous les parents dignes de ce nom, avaient beau me dire de ne pas trop m’attacher, je n’en avais cure. Ils refusaient catégoriquement qu’il vienne dans ma chambre mais, régulièrement, à leur insu, nous parvenions à nous y rejoindre et... Quels grands moments ! Il pouvait rester des heures immobile, à se laisser caresser. Surtout sa queue, qu’il avait magnifique.

 

Un jour, en rentrant de l’école, je l’ai retrouvé sans vie dans sa cage. J’ai énormément pleuré sur mon premier rat mort, je l’avoue sans la moindre honte.

29/08/2009

UN TRIP PEU COMMUN

Neal Cassady.jpgEn plein midi, sur le bas-côté d’une route pourrie qui traverse le désert du Nevada, Neal Cassady est occupé à changer un pneu crevé. Il sue tel un verrat qui termine un marathon derrière un quatuor de truies en chaleur. Un gamin aux cheveux blonds, vêtu d’un costume blanc et d’une cape bleue, s’approche silencieusement de lui, comme sorti de nulle part. Le jeunot lui touche l’épaule. Neal sursaute, essuie la transpiration acide qui lui brouille la vision, hausse les épaules et reprend son travail.

 

« Bonjour ! lance poliment le blondinet efféminé.

— Hum...

— Je m’appelle le Petit Prince, poursuit le Petit Prince. Et vous, c’est quoi votre nom ?

— Hum...

— Voulez-vous bien me dessiner un coyote en érection ?

— Hum... »

 

Le pneu neuf est en place. Neal Cassady range la roue inutilisable et ses outils. Il essuie à nouveau la sueur qui lui dégouline le long du visage et du torse. Il reprend place au volant du bus des Merry Pranksters et démarre à fond la caisse. Plus ou moins attentif à sa conduite, Neal pense : « Un coyote en érection ! Et pourquoi pas un mouton à deux queues ?... Je devrais peut-être arrêter le LSD... » Mécaniquement il avale deux nouvelles petites pilules. Dans son dos, ça continue à ronfler pas possible.

 

28/08/2009

MISE EN BOÎTE

Zekrov eut l’impression de pénétrer dans un œuf tant la piste était bondée. Un œuf cuit dur. Dans de l’albumen, il se serait faufilé sans trop de difficultés. Vu la compacité de ces corps, fournaises en plein corroyage, il décida d’employer les grands moyens : les décibels couvriraient haut le tympan les cris des ecstasyés.

De sa troussette à outils, il parvint à extirper une aiguille à ravauder les chausseTechno dance.jpgttes en grosse laine, héritage de sa grand-mère. L’aiguille. Les chaussettes faites maison, il y avait longtemps qu’il en avait jeté la dernière paire. Ainsi armé, il se mit à se frayer un passage dans la transe collective, tel un Roland moderne en pleine dessarrasinisation. Tant pis pour les problèmes de séropositivité : il avait une mission à remplir et n’avait jamais failli.

Il finit par atteindre son Graal : le DJ qui officiait tout au fond, torturant des vinyles comme un Sade et un Mengele réunis. Sachant que la tonitruance l’empêcherait de lui parler, il lui tendit une feuille de papier sur laquelle il avait écrit : « Vous avez vingt secondes pour ramener le volume sous les 90 décibels ! » Le génie de la trémousse lui montra le doigt qu’il ne faut pas et retourna à ses platines et curseurs. Zekrov colla discrètement sa grenade sourde sur la paroi que surplombait le grand prêtre et s’en fut à coups d’aiguille à ravauder. À l’extérieur, il rendrait l’ouïe à sa bombinette à champ d’action réduit.

Son employeur, Missions Incompossibles, une firme spécialisée dans les interventions urgentes à la demande de particuliers, serait content de lui, comme toujours.

27/08/2009

L'AMÉLIORATION

Son détecteur de mensonges était devenu infaillible depuis qu'il l'avait couplé à une guillotine sensible à la plus minime hésitation.