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18/08/2010

AU MARCHÉ DU BOURG

Le morceau précédent est ici.

...C’est jour de marché. Quand Ginette arrive dans la cuisine pour y préparer le café et le petit déjeuner, elle découvre cinq poulets fraîchement décapités sur la table. Au-dessus de l’évier, trois lapins sont pendus par leurs pattes postérieures. D’une de leurs orbites énuclées, le sang plic-plique lentement. Le Bouseux entre, portant un seau rempli d’eau fumante duquel dépasse le cou d’un sixième gallinacé.
...« Regarde, dit-il à sa servante sans même la saluer, tu le laisses trois minutes dans l’eau bien chaude, pas bouillante ou tu cuis déjà la bestiole, puis tu arraches les plumes, comme ça. » Joignant le geste à la parole, en deux minutes, le paysan a plumé un premier poulet dont le plumage jonche le carrelage de la pièce. « Continue. J’m’occupe des lapins, on déjeunera après. »

...Un peu avant huit heures, Blaise débouche sur la place du bourg au volant de son antique tracteur. Quelques échoppes sont déjà dressées, d’autres en cours d’installation. Avec colère, il découvre que son emplacement habituel, juste devant le bien nommé Café de la Place, est occupé par un étal inconnu qui propose bijoux, sacs à main et autres foulards artisanaux. Il pile à vingt centimètres de l’échoppe et hurle au jeune chevelu qui vient de faire un bond en arrière : « T’as deux minutes pour déguerpir avec tes saletés ou j’défonce tout ! »

...Sur le coup d’onze heures, le Bouseux se frotte mentalement les mains – impossible de le faire physiquement car il tient un huitième ballon de blanc dans la dextre et se touche discrètement de la senestre. Devant lui ne reste qu’un poulet entouré de quelques légumes. La matinée a été bonne. Il exhibe un sourire béat à deux inconnus qui s’approchent de lui, leurs regards cachés derrière des verres miroirs comme on n’en trouve plus que dans les mauvais romans.
...« Bonjour, monsieur.
...— …
...— À tout hasard, auriez-vous vu cette jeune femme dans les environs ? »
...— Z’êtes de la police ?
...— Non. C’est une amie qui nous a donné rendez-vous ici mais elle est partie il y a quelques jours sans laisser d’adresse.
...— Nan, j’l’ai jamais vue dans l’coin.
...— Merci. »
...Intrigué, le Bouseux regarde les deux inconnus faire le tour de la place en montrant la photo. Il connaît les gens du coin, il sait qu’ils ne leur diront rien. Une demi-heure plus tard, son dernier poulet vendu et son dixième blanc avalé, il repart vers les Grands Prés. Il a toujours le sourire aux lèvres. Un genre de rictus.

14/08/2010

NUIT CLAIRE

Le morceau précédent est ici.

...C’est pleine lune, celle qui rend les doux dingues complètement cinglés.
...
Dans son lit, Blaise-le-Bouseux se retourne, grommelle et ressasse, preuve qu’il est capable de faire trois choses en même temps, ce qui n’est pas donné à tout le monde. « La souillon ! Elle a réussi à m’faire payer les trois quarts de ses achats ! C’est pas possible ! Elle a mis l’diable en moi !... J’vois encore sa tête quand j’ai lu l’ticket d’la boutique de lingerie : soutien-gorge machin, soutien gorge bazar, string bidule, string truc, tanga chose… Si tu m’montres qu’i’ t’vont bien, j’te les paie aussi !... L’a pas osé, la poufiasse… C’est pas tout ça, d’main, c’est marché. Faut que j’prépare des poulets et deux, trois lapins. J’vais lui apprendre à plumer, même si elle sait déjà s’y prendre avec moi. Ça m’f’ra gagner du temps. L’a mis l’diable en moi, la garce…»
...
Dans sa pièce de deux mètres cinquante de large sur cinq de long, Ginette ne trouve pas non plus le sommeil. Pourtant, elle est bien fatiguée. Ces deux derniers jours, elle a mis le turbo pour les tâches ménagères et fermières afin de disposer de quelques heures pour aménager correctement sa chambre. Elle a repeint la pièce brunâtre : le plafond en blanc et les murs en rose pâle. Elle a déplacé contre le mur du fond le lit que le Bouseux avait monté près de la porte. Elle a posé deux verrous à l’huis en plus de la serrure qui ferme à l’aide d’une grosse clef : elle soupçonne son patron d’en posséder un double. Elle a repeint la table et les deux chaises. (« Pourquoi i’ m’a mis deux chaises ? I’ croit que j’vais l’inviter pour le thé ? ») Elle a garni la petite fenêtre d’une épaisse tenture pour annihiler toute tentative de voyeurisme dans le chef du paysan. Elle a arrêté à près de vingt-trois heures. Elle est liquidée et pourtant, le sommeil réparateur ne vient pas.
...
Soudain, elle entend un bruit étrange, comme un hurlement de loup. « Non, c’est pas possible ! Y a plus de loups en Creuse depuis des dizaines d’années ! » Elle allume sa lampe de chevet et va vérifier que les verrous sont bien poussés. Le cri de bête blessée retentit une nouvelle fois. Elle n’ose pas écarter la tenture pour regarder dehors. Elle retourne se pelotonner sur son lit, aux aguets, le regard rivé à la porte.
...
Si elle avait jeté un coup d’œil par la fenêtre, elle aurait pu voir le Bouseux, dans le plus simple appareil hormis ses bottes en caoutchouc, s’approcher furtivement de sa chambre et, tout obscénité, en serrant les mâchoires pour ne pas hurler une troisième fois, asperger de sa semence le bois protecteur. Son père lui a toujours dit que, comme les grands mâles, il devait marquer son territoire.
...
Il est près de trois heures quand Morphée remarque la tenue légère de Ginette et se décide enfin à la prendre dans ses bras.

25/07/2010

LE GUINNESS BOOK DES MALTRAITANCES SEXUELLES

Le morceau précédent est ici.

...Blaise-le-Bouseux n’en mène pas large. Il en mènerait plutôt très étroit. Il aimerait rentrer le plus vite possible aux Grands Prés. Ce matin, pendant la traite, il n’a plus pu tenir. Le spectacle des cuisses haut découvertes de Ginette lui a fait bouillir les sangs. Quand elle est partie dans la laiterie qui jouxte l’étable pour aller vider son premier seau de lait, il en a profité : quand elle est revenue, il lui a sauté dessus, lui a ouvert son tablier d’un geste sauvage, envoyant valser tous les boutons, et s’est tout soudain retrouvé avec une torsion du scrotum digne du Guinness book des maltraitances sexuelles.
...
« Z’allez arrêter vos sales manières, m’sieur Feronnard qui rime avec connard… Et salopard… C’est pas vraiment un plaisir d’travailler pour vous mais j’ai b’soin d’ce boulot à l’écart… C’matin, après votre bain d’merde, vous m’avez vomi dessus avant de m’faire un coma éthylique. J’vous ai nettoyé d’la tête aux pieds et, pour me r’mercier, vous essayez de m’violer… Je mens, là ?
...
— N… Non ! Mais arrête ! Ouille ! Ça fait un mal de chien ! Lâche-moi !
...
— Pas encore… On va mettre les choses au point : un, vos bestiaux, vous allez vous les traire vous-même. Deux, vous allez terminer dare-dare de préparer ma chambre. Trois, vous allez m’emmener faire quelques courses que j’aie un peu plus de confort. Et quatre, si vous posez encore une de vos sales pattes rugueuses sur moi, vous pourrez aller à la pêche aux valseuses dans votre fosse à purin. C’est compris, m’sieur Feronnard ?... Compris ?
...
— Aïe ! Oui, Ginette, compris ! Juré, j’te foutrai la paix ! »
...
Elle a rendu leur liberté à ses parties dites nobles et s’en est retournée à grandes enjambées vers la maison, les pans de son tablier flottant au vent. Malgré son bas-ventre douloureux, Blaise s’est empressé de terminer sa besogne et de finir de déblayer la chambre du valet, de faire fonctionner l’antique suspension à ampoule unique et la pompe à bras quelque peu grippée. Il a monté un vieux lit métallique sur lequel il a posé une paillasse sans âge puis, sans même prendre le temps de manger, il a accroché l’antique char à bancs à son Massey Ferguson et a appelé Ginette. Elle a jeté un coup d’œil dans la pièce, a fait la moue. Elle a exigé d’aller non pas au bourg mais en ville.
...
Maintenant, garé en double file, essuyant les quolibets des automobilistes et des passants, le Bouseux l’attend devant un huitième magasin. Derrière lui sont déjà entassés pêle-mêle un WC chimique, un petit réchaud à gaz, un matelas neuf, une lampe de chevet, un aspirateur, du matériel et des pots de peinture et divers sacs qui contiennent il ne sait quoi. Intérieurement, il écume comme une soupe au cerfeuil qui a trop chauffé. « Si elle croit que j’vais lui rembourser tout ça, elle se fourre le doigt où j’pense ! » À jeun depuis près de vingt-quatre heures, il crève la dalle comme un marteau-piqueur en folie, ce qui n’arrange rien à son humeur. Et le besoin d’un verre d’absinthe commence à se faire douloureusement sentir. Indécrottable, le Bouseux, malgré les efforts matinaux de sa boniche.

19/07/2010

GINETTE AUX TÉTINS

Le morceau précédent est ici.

...Blaise-le-Bouseux, s’il avait un semblant de culture autre qu’agricole, pourrait se croire au milieu de la Tamise un jour de plein smog. Ce n’est pas le cas. Avant d’ouvrir les yeux, il sait qu’il est dans son étable avec les vaches qui meuglent comme des folles. À rendre jalouses des vuvuzelas mais il ignore ce que ce mot signifie. Il ouvre un œil, puis l’autre. Il gît sur une litière de paille fraîche. Il a été récuré et porte un caleçon propre. À portée de main, des vêtements repassés, des chaussettes, une paire de bottes. Il se rappelle les événements de la veille et du matin. Dans sa soûlographie, il n’a pas pu effectuer la traite matinale. D’un bond, il est sur pieds. Ça cogne un peu sous son crâne, comme si une locomotive silicosée en traversait le tréfonds, mais c’est supportable. Il s’habille en vitesse et, de la porte, se met à hurler.
...
« Ginette ! Gîîîînèèèèteuuuuuuu ! »
...
La boniche apparaît sur le seuil de la maison.
...
« Viens ici ! Immédiatement ! »
...
La jeune femme traverse la cour au petit trop. Dans l’étable, le Bouseux est déjà occupé à traire la première vache de la file qui en compte une douzaine.
...
« Qu’est-ce qu’elles ont à gueuler comme ça ?
...
— Z’ont mal au pis. Faut qu’tu m’aides pour la traite. On peut pas les laisser souffrir comme ça.
...
— Mais j’ai jamais fait ça !
...
— Pas difficile. Regarde : tu prends les tétins au ras du pis, tu serres un p’tit peu et tu descends. Puis tu passes aux deux autres. »
...
Des giclées blanches pssssitent dans le seau que Blaise serre entre ses genoux.
...
« Toujours bien tenir le seau sinon, un coup d’patte et c’est foutu. Prends-en un. Y a une autre sellote là. Au boulot ! Dès qu’c’est fini, j’termine ta chambre. »
...
Ginette s’exécute et s’éloigne vers la dernière vache de la stabulation.
...
« Nan ! Faut les faire dans l’ordre ! »
...
Ginette revient se placer entre le premier et le deuxième bovidé, tournant le dos à son patron. Elle s’assied sur le tabouret très bas. En écartant les cuisses pour y caler le seau, le dernier bouton de son tablier, trop collant pour ce genre d’exercice, saute. Elle essaye tant bien que mal de faire tenir les pans de son vêtement entre ses genoux et le seau. Pas évident. Gênée, elle s’efforce de ne pas rougir. Blaise ignore que ses dessous sont en train de sécher et qu’elle porte son tablier à même la peau. Elle commence son apprentissage. « Pourvu qu’il finisse ma chambre aujourd’hui. Ça me rappellera ma studette durant mes années à la Sorbonne… Faire une maîtrise en chimie pour en arriver à traire une vache avec un paysan lubrique dans le dos… J’aurais pas dû me laisser aller à faire toutes ces conneries… »
...
De son côté, le Bouseux fait le forcing. Dès qu’il en aura terminé avec la Brunette, il passera à la Juliette mais s’installera face à la Ginette, histoire de mater ses cuisses qu’il devine bien découvertes. Sa gueule de bois n’est plus qu’un mauvais souvenir. « Quand j’pense qu’elle m’a vu à poil, la garce ! » Dans son pantalon, la dilation a repris, signe qu’il est totalement rétabli.

16/07/2010

BLAISE L'EMBOUSÉ

Le morceau précédent est ici.

Pour co, Éric, Marc et John.

...En pédalant vers les Grands Prés, Ginette a le sourire aux lèvres. Le patron n’a pas arnaqué : il a commencé avec fièvre à lui préparer le palais dont elle sera la princesse. Un nid petit mais très douillet. Elle en tournerait poétesse. Heureusement, elle n’en a ni le temps ni les capacités.
...
Elle appuie son vélo conte le mur près de la porte grande ouverte. « Bravo, le Bouseux ! Va encore y avoir une chiée de mouches dans la casbah ! » marmonne-t-elle ». En entrant, elle remarque des traînées brunes sur les marches et sur le pavement du corridor. L’endroit ne sent vraiment pas la rose. Elles conduisent à la cuisine dont la porte bée également. Là, Ginette découvre Blaise-le-Bouseux dans toute sa splendeur : avachi sur une chaise, le buste reposant sur la toile cirée de la grande table, il est brunâtre de la tête aux pieds et répand une odeur pestilentielle. Devant lui, un verre et une de ses bouteilles d’absinthe de contrebande presque vide. Se bouchant les narines d’une main, elle ouvre les deux fenêtres de la pièce de l’autre. D’un index répugné, elle appuie sur le bras de son patron.
...
« M’sieur Feronnard ? M’sieur Feronnard !
...
— Sale raclure… de siphon d’bidet… d’fils de pute… d’enculé au sel… »
...
Il n’a pas bougé, n’a pas ouvert les yeux. Seules ses lèvres ont remué. Ginette décide d’employer les grands moyens. Elle gagne la buanderie. Elle enlève son jeans et son chemisier, passe son tablier de travail et enfile ses gants de ménage. Elle revient vers le Bouseux avec un seau d’eau qu’elle lui verse sur la tête. Sous l’effet de la douche glacée, le remuglant ivrogne se lève, titube, se  retient au plan de travail.
...
«  Le déchet d’pourriture… de matrice… de salopard… de fausse couche de truie !
...
— Qu’est-ce qui s’est passé, m’sieur Feronnard ?
...
— C’est Flavien-la-Flatte ! Sont arrivés à trois… Cagoulés… En début d’soirée. Z’ont pas dit un mot… I’ m’ont attrapé et m’ont flanqué… dans la fosse à purin…
...
— Wow ! Vous avez r’connu quelqu’un malgré les cagoules ?
...
— Flavien-la-Flatte ! J’suis certain qu’c’est lui. À cause du pneu d’son John Deere !
...
— Bon, ben, c’est pas tout ça. Z’avez un tuyau d’arrosage ?
...
— Dans l’étable.
...
— Prenez l’seau, mettez vos vêtements d’dans et passez-vous un bon coup d’tuyau. J’m’occupe du reste. Et faudrait penser à terminer ma chambrette.
...
— Putain d’gueule de bois !
...
— R’prenez une rasade, ça va vous r’lancer. »
...Blaise attrape la bouteille et boit au goulot. L’effet produit n’est pas celui attendu : une immonde gerbe lui remonte de l’estomac et va asperger Ginette de haut en bas. Le Bouseux s’écroule dans ses épanchements. Ginette éclate en sanglots.

19/06/2010

L'OFFRE DU BOUSEUX

Le morceau précédent est ici.

...— Du vin !
...— Oui, m’sieur Feronnard.
...Blaise-le-Bouseux râle comme un pet qui ne parvient pas à glisser sur une toile cirée. Depuis son rêve érotique quelques nuits plus tôt, il ne se sent pas très en forme. Ou plutôt, trop en forme au niveau du bas-ventre : il a constamment d’énormes érections qui le gênent dans son travail. Rester assis sur la sellote avec un membre boursouflé est au-dessus de ses forces : il doit interrompre la traite pour se soulager. Idem pour conduire son Massey Fergusson. Là, c’est plus difficile de s’apaiser. Flavien-la-Flatte a éclaté de rire quand il l’a croisé hier, pratiquement debout au volant. Et l’avant-veille, c’est Benoît-le-Benêt, le valet de la Ferme à Mouches, qui a failli le surprendre en train de se faire reluire derrière une haie.
...— Ginette, ça fait une semaine qu’t’es là et j’trouve qu’tu t’débrouilles pas trop mal.
...— Merci, m’sieur Feronnard.
...— J’pense que j’vais t’garder, mais à une condition. L’matin, quand j’me lève, j’aime bien avoir mon kawa qu’est prêt et mon p’tit déj’ itou. Alors, j’te propose ça : tu viens habiter ici et j’te paye vingt-cinq euros par jour, sept jours sur sept.
...— Mais…
...— Te tracasse pas, t’auras la chambre qu’on donnait au valet, ent' l’étable et la ran d’cochons. L’est plus utilisée pour habiter d’puis une vingtaine d’années mais j’peux la vider et la r’mettre en état en deux jours. Y a l’électricité et un robinet. Qu’est-ce t’en penses ?
...Ginette réfléchit rapidement. C’est vrai qu’en venant habiter ici, elle ferait l’économie d’une chambre au bourg. Elle serait aussi sans doute plus à l’abri à la ferme qu’au village. Ce qui la tracasse, c’est la protubérance quasi permanente qui, depuis deux jours, bouffit le devant du pantalon de Blaise au niveau de la braguette. Et rien que de penser à ce qui se tapit derrière le tissu, une espèce de murène gluante qui ne doit pas souvent être en contact avec l’eau, elle en frissonne et ses entrailles se nouent. D’un autre côté, elle se sent assez costaude pour repousser un éventuel assaut de l’érotomane.
...— D’accord, m’sieur Feronnard. Mais j’veux une chambre nickel, avec une porte qui ferme à clef.
...— T’auras ça, Ginette, t’auras ça. Allez, on trinque ? Sans haine ?

18/06/2010

UN PETiT PLUS CONCERNANT LA JOCONDE

Petit plus.gifTout le monde connaît le sourire de Mona Lisa. Mais qui sait la plénitude de ses seins ? Qui sait la fermeté & la longueur de ses cuisses ? Qui sait la douceur & la profondeur de... Du calme, les gars ! Juste son pied-bot vaut le détour !

Illustration de Pierre Tréfois

Extrait de Prises de vies en noir et noir - Éd. Gros Textes, 2009.
Disponible chez l'éditeur (ici et ) et chez moi. Au choix.

12/06/2010

EXAUCÉ !

Il la prit dans ses bras et dit : "Je voudrais que cet instant soit un éternel recommencement !" Il la prit dans ses bras et dit : "Je voudrais que cet instant soit un éternel recommencement !" Il la prit dans ses bras et dit : "Je voudrais que cet instant soit un éternel recommencement !" Il la prit dans ses bras et dit : "Je voudrais que cet instant soit un éternel recommencement !"

(La version intégrale, en recherche d'édition, compte 256 pages.)

14/05/2010

LE PUITS

Il tombait dans un puits sans fond aux parois formées d'écrans de télévision. De temps en temps, sa chute s'arrêtait, comme si la gravitation cessait d'exister. Fébrilement, il enfonçait un bouton et avait droit à une pub stupide, une téléréalité débile, un talk-show crétinisant, un clip idiot, un film pour demeurés. Après une minute, il repartait vers le bas et tout recommençait, indéfiniment. Il subissait le supplice du téléspectateur lambda.

05/05/2010

LE BEURRE

....« Je suis prêt, chérie. Je t'attends...
....
- Euh... Mon amour... Je suis vraiment désolée, mais... Euh...
....
- Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ?
....
- Euh... Il n'y a plus de beurre... »
....
Il lui balança ses cinq doigts dans la figure et lui désigna la porte d'un index tremblant de colère.
....
Tout en essuyant ses larmes et en se frottant la joue, elle courut jusqu'à l'épicerie. Sa mère l'avait pourtant prévenue : on n'épouse pas impunément le sosie de Marlon Brando.

Extrait de Courts, toujours ! (recueil inédit)

03/05/2010

L'ASSOCIATION

....La Fourmi-Savante eut un jour l'idée de faire se rencontrer le spermatozoïde et l'ovule d'origine humaine, découverts jadis par un groupe de Fourmis-Exploratrices dans les ruines de la surface et conservés précieusement dans le laboratoire de la fourmilière.
....
Quatre mois durant, la Fourmi-Savante supervisa le déroulement de l'expérience sans discontinuer. Puis elle décida de tout arrêter : elle avait pressenti que le résultat de cette association ne pourrait être que néfaste pour l'existence de la planète.

Extrait de Courts, toujours ! (recueil inédit)

01/05/2010

ONIRISME

J'AI REVÉ UNE île d'étoiles dans un océan putréfactif. Un arbre de glace chatoyante et vaporeuse au coeur d'un désert tourbillonnant de feuilles crevées. Des rats pourrissant au périnée de jeunes et superbes vierges.

Cauchemardesque.

J'ai rêvé des femmes nues magnifiques vénusales aux damnatoires seins suintant des asticots. Des fleurs de pierres aux cristaux intouchables qui déchirent comme des hurlements d'enfants écartelés. Des chiens d'onyx aux griffes de ténèbres aux yeux de nuit aux mâchoires de sang.

Atroce. Atroce.

J'ai rêvé des chimies occultes et des physiques excommunicatoires susceptibles de thaumaturger des instants moins insupportables. Des vautours meilleurs que les hommes,   des   chacals   meilleurs  que  les vautours. Des musiques imbibées de lumières, souillées de mots borgnes, enivrées de vapeurs irrespirables.

Infectieux. Infectieux. Infectieux.

Non, je n'ai pas rêvé que cela!
Non, je n'ai pas que ça à faire.

Non, ma vie ne s'en trouva pas changée.

Et la vôtre?

Extrait de Prose à hic, Éditions Gros Textes, 2001 (épuisé)

25/04/2010

JIVAROSSERIES (2)

COUVERTURE JIV 1.jpgQuatre des 150 contes brefs de Jivarosseries (Éd. Memor, 2004 - Disponible chez moi)

RETOUR DE FLAMME
.....
Grand spécialiste de la petite phrase assassine, il n'eut pas le temps de coucher sur papier celle qui tuait vraiment.

CULTURE G.S.M. (IV)
.....
Avec son premier G.S.M., il appelait le second qu'il avait en poche. Il répondait et avait ainsi l'impression de se parler à lui-même, expérience toujours surprenante car il n'avait aucune conscience.

CULTURE INTERNET (IV)
.....
Par curiosité, il tapa RETNE. Puis enfonça la touche ENTER. L'imprimante disparut, la tour se changea en encrier, le clavier en plume d'oie et le moniteur en parchemin auquel la souris s'attaqua illico.

LES PIEDS
.....
Sous les couvertures, ses pieds étaient glacés au point de lui faire souffrir le martyre. Impossible de les réchauffer. Il avait l'impression que le froid remontait lentement le long de ses jambes. Quand il voulut se lever pour aller chercher des chaussons, il se rendit compte qu'il était mort.

21/04/2010

L'INCENDIE INVOLONTAIRE

Lorsqu’il déclara sa flamme à son aimée, celle-ci se montra si sèche qu’elle se transforma instantanément en torche humaine. Il ne fut même pas nécessaire de l’incinérer.

29/03/2010

DÉFAUT DE FABRICATION ?

Miroir.jpgPour la dixième fois au moins, l'homme invisible retourna chez le fabricant, furax : malgré toutes les garanties que l'artisan lui avait données, il ne parvenait toujours pas à se voir dans le miroir.

25/03/2010

L'ACCIDENT

Lors d'un show télévisé retransmis en direct, l'hypnotiseur venait d'endormir un huitième volontaire lorsqu'il s'écroula, foudroyé par une crise cardiaque. Malgré la mise en œuvre de toutes ses connaissances, la Science fut incapable de jamais réveiller les huit dormeurs.

23/03/2010

LE RÉVEIL DE BLAISE

Le morceau précédent est ici.

...Il est sous peu quatre heures du matin, le soleil ne brille pas du tout, la nuit se fait toute noire, la petite lune est une fesse, Blaise se lève après quelques borborygmes purulents. C'est qu'il ressent comme une gastro-entercuite dans le ventre. Ça fait des gloubglubs, des broools, des pfiouuuts et ça cesse pas à c't'heure.
...- Ginette ! Heu, nan, Roberte ! Merde, c'est comment déjà, Bernadette ! Soubrette ! Putain, FEMME DE MÉNAGE !!! Viens vite lô nettoyer mes couches ! C't'urgent !
...- Ouiiiiiiii, j'arrriiiiiiiive !
...- Tu jouis toute seule ou quoi ou pas ?
...- Nan, j'disais ça uniquement pour faire genre, j' suis soumise.
...- Tu dormais pas ?
...- Nan, j'rêvais d'une nouvelle serpillière pour mon anniversaire.
...- J'ai fait dans mon froc. Le répète à personne dans l'village ou quoi. Ou t'y passes à travers ad par treize ok ?
...- Ad patres.
...- Ouais, c'est ça, fais pas ta maligne, hein, parisienne sale chienne. Fais vite d'essuyer tout ça, j'ai du pain dur su'le plancher des vaches, moâ, c'est qu'on traîne pas, on est bosseurs zici, des trimeurs de oufs, tu piges ? Tu piges ? Tu piges ? Merde, ça me reprend...
...- Bah, oui, je pige. J'ai fait math sup, math spé, mate-moi.
...- T'es bizarre, femme de ménage ! Vrai-ment-vrai ! Tu m'excites plus qu'une truie avec ton charlabial et ton corset sexy.
...- T'aimes le bizarre, Blaise ? T'aimes le sado-maso, Blaise ? T'aimerais que je t'enfonce un joli manche à balai dans l'fion ? T'aimerais en sentir le fumet ?

...Driiiiiiiiiin. Le réveil sonne. Quatre heures. Le soleil ne brille pas du tout, la nuit se fait toute noire, la petite lune est une fesse, Blaise se lève avec la méchante impression d'un rêve érotique mais pas tout-à-fait. Il est quatre heures, donc Blaise pète comme chaque petit matin. Il a un peu mal au bide. Il s'étire. La vie continue par zici et elle appartient à ceux qui... mouais... Bouseux, va !

19/03/2010

PSEUDONYMES

...Ses premiers pseudos avaient été Sibylline et Sibyllin. Ille ne savait plus dans quel ordre.
...À la recherche d'un emploi, quoique en attente d'un boulot eut été plus correct, ille tuait le temps en squattant le web dix-huit heures sur vingt-quatre. Ille intervenait à tort et à travers sur des dizaines de www, qu'il s'agisse de blogs, de forums, de pages personnelles avec livre d'or, des sites de création... Ille s'amusait à déposer ses grains de sel partout, jusque dans les discussions sur les régimes amaigrissants.
...Ille avait très vite compris l'avantage de ces pseudonymes qui lui permettaient de dire les pires stupidités, de lâcher les plus grasses méchancetés, de poster les plus infâmes injures sous le bienveillant couvert de l'anonymat. Ille n'hésitait même pas à se répondre, ses autocommentaires étant toujours très positifs, bien entendu, puisqu'ille se trouvait génial(e).
...Selon l'endroit où ille sévissait, ille s'appelait Jimmydeuxcoups, tortillasuzanne, étherauclit, Bonnebourre, Pandanlanus, tousdescons, féchié, Blondauzieuver, niquetalopette, Carlaterreur, bitennynox... Ille les avait multipliés à foison, en consignant le relevé précis dans un carnet ainsi que les www où ille les employait.
...Quand ille se présenta à un interview pour un emploi dans ses cordes, l'examinateur commença tout bonnement par lui demander son nom.
...« Jvouzenmerd.
...- Pardon ?
...- Euh... Valavétachatte... Non, tutchitsu... Attendez...
...Ille se tâta les poches. Pas de portefeuille. Pas de carte d'identité pour savoir comment ille s'appelait réellement. Ille n'avait sous la main que son cher carnet à pseudos.

17/03/2010

L'EAU DE VIL

Robinet.jpgElle rentra du jardin, ouvrit le robinet, prit le savon et plaça ses mains sous le filet d'eau. Elle les retira aussi vite en hurlant, abandonnant quatre doigts au fond de l'évier. Cet après-midi-là, un fontainier farceur s'amusait à distribuer de l'acide sulfurique.

15/03/2010

CULTURE G.S.M. (XVI)

Comme il l'avait toujours craint, il se réveilla dans son cercueil. Tâtonnant, il trouva son G.S.M. qu'il avait demandé à emporter avec lui. Hourra ! La batterie était toujours en état ! Il établit fébrilement la connexion vers le portable de son épouse. Une voix machinale se fit entendre : « Comme annoncé précédemment, pour mieux vous servir, notre réseau est en cours de réorganisation. Les appels seront de nouveau possibles dans... deux--heures--vingt--trois--minutes. Merci de votre patience. » Il essaya de moins respirer.

[Les CULTURE G.S.M. (I) à (XV) sont dans Jivarosseries.]

09/03/2010

DÉJEUNER CALORIQUISSIME

Le morceau précédent est ici : http://courttoujours.hautetfort.com/archive/2010/02/20/la...

...Ginette a chaud. Très chaud. Même si elle ne porte que le minimum requis sous son tablier de grosse toile, sa peau est toute moite. Elle en est à son troisième jour de turbin chez Blaise-le-Bouseux. Elle vient juste d'en terminer avec la cuisine, qui brille maintenant comme un sou neuf. Dans la petite buanderie qui la jouxte, le linge sale trempe dans trois baquets : un pour les caleçons médaillés et les chemisettes auréolées de transpiration, un pour les chemises et pantalons et un troisième pour les infectes chaussettes. Pas de lave-linge à la ferme : on travaille à l'ancienne, avec du savon de Marseille et de l'huile de bras. Ginette a toutefois repéré ce qui devrait être une antique essoreuse mécanique.
...
Tout ça pour vingt euros par jour, ce n'est pas folichon mais elle se dit que quand elle sera à jour dans son travail, cela deviendra moins pénible. Elle est allée découper quatre épaisses tranches de lard salé à un pan accroché à une esse dans le cellier. Elle est en train de peler des pommes de terre qu'elle coupera en grosses frites qui friront dans la poêle avec la graisse du lard. C'est le menu réclamé par Blaise-le-Bouseux pour son déjeuner. Elle se contentera d'un morceau de baguette avec du jambon « maison ».
...
Le paysan arrive bientôt, s'installe à la table de la cuisine avec son matériel à absinthe.
...
- Ce serait mieux si vous enleviez vos bottes avant d'rentrer, m'sieur Feronnard.
...
- Oh ! J'te paye pour nettoyer. Si j'salis pas, t'auras rien à nettoyer et tu s'ras pas payée à rien foutre. Et puis, c'est chez moi, ici, c'est moi que j'décide. Tu veux un coup d'absinthe, Ginette ?
...
- Euh... Volontiers, m'sieur Feronnard.
...
Pendant que Ginette commence à cuire le lard et les frites sur la cuisinière qui fonctionne au bois - c'est aussi pour ça qu'elle a très chaud - Blaise-le-Bouseux lui prépare un verre d'absinthe bien tassé. Il a comme une petite idée derrière la tête.

03/03/2010

FIN DES FINS

...Viens ici, allez, amène-toi, ose un peu, que je t'apocalypse avant saint Jean, que je t'autopsie avant Vésale, que je te moribonde avant la tombe, que je te macchabête, que je t'étripandouille, que je t'armageddonne, que je te destructionne avant l'un ou l'autre despotinet, que je te rebute avant le passage des encombrants, que je te poubellincinère, que je te crucinfectionne, que je t'horrible, que je te saëlle avant la pluie, que je te bûchère sans même t'inquisitionner, allez, viens, ose, mais approche-toi donc, mon fanatisme, je t'attends de pied ferme !

Extrait de Prose à hic
(Pré-textes de Jean Claude Bologne - Illustrations de Béatrice Gaudy)
Éd. Gros Textes, 2001
Épuisé

01/03/2010

LA PERLE RARE ?

Le « morceau » précédent est ici : http://courttoujours.hautetfort.com/archive/2010/02/19/au....

...Il est dix heures du matin. En salopette crottée et bottes maculées, Blaise-le-Bouseux est dans l'étable en train de remplir une brouette de fumier.
...« Blaise-le-Bouseux ?
...- Hein ?
...- Vous êtes Blaise-le-Bouseux ?
...- Hein ? Comment vous m'app'lez, là ?
...- Euh... C'est vous qu'avez mis une annonce au Rendez-vous des Paysans pour une femme de ménage ?
...- Ouais, mais mon blaze, c'est Blaise Feronnard...
...- Sur l'annonce, c'est marqué Blaise-le-...
...- Ah ouais ? Faudra qu'j'aille tirer ça au clair. Savez cuisiner, lessiver, r'passer, nettoyer ?
...- Wi.
...- Plumer et vider un poulet ? Dépiauter un lapin ?
...- J'peux apprendre.
...- Hum... Z'êtes pas du coin, vous...
...- J'suis à Romilly d'puis deux s'maines. J'viens d'Paris.
...- Ah ouais, les Parigots qui viennent saloper nos campagnes... J'veux b'en vous prend' à l'essai une semaine.
...- Et pour le salaire ?
...- Vingt zeuros par jour, six jours sur sept. Peux pas faire mieux. Mais z'êtes nourrie et blanchie, même si c'est vous qu'vous faites la tambouille et la lessive. Pouvez z'êt' logée aussi, si vous v'lez.
...- Pour loger, on verra.
...- Comme dit la truie. J'peux z'aussi vous offrir des p'tits plusses en nature...
...- Euh, non, j'préfère de l'argent. J'commence quand ?
...- Maint'nant, si vous v'lez. V'nez, j'vais vous montrer l'ouvrage... »
...En entrant dans la cuisine, la femme a un haut-le-cœur et vomit son petit déjeuner.
...« Ça commence fort, là, commente Blaise-le-Bouseux. Si vous en r'mettez une couche, ça va pas faire avancer les choses. Tout l'matériel pour nettoyer, l'est dans l'placard là-bas. Et la boustifaille, dans l'cellier, la p'tite porte à droite. Allez, au boulot ! Je r'viens à midi pour m'caler les joues. »

25/02/2010

PEUT MIEUX FAIRE

Vu ses récents progrès, l’homme invisible est fier de lui : ce matin, il ne s’est coupé que quatre fois en se rasant.

 

Rasoir.jpg

19/02/2010

AU RENDEZ-VOUS DES PAYSANS

Le début de cette « histoire » est à lire ici : http://courttoujours.hautetfort.com/archive/2010/01/18/49....

...Blaise-le-Bouseux gare son vieux Massey Ferguson sur le parking du café Au Rendez-vous des Paysans. Il compte une quinzaine de tracteurs parmi lesquels il reconnaît le John Deere flambant neuf de son voisin le plus proche, Flavien-la-Flatte, surnommé ainsi parce que dans son pays d'origine - la Belgique - une « flatte » désigne une bouse de vache. Blaise-le-Bouseux est persuadé que c'est lui qui lui a volé la Manon. Depuis que le Belge est arrivé il y a trois ans, Blaise n'a connu que la poisse.
...
De la boîte à outils fixée sous le siège de son véhicule, il sort une antique chignole qu'il garnit d'une mèche de 12 fraîchement affûtée. Furtivement, il va percer un trou dans l'un des énormes pneus arrière du Deere. Sa bassesse perpétrée, il range son outil et se dirige vers le café.
...
À son entrée, les conversations s'arrêtent. Blaise-le-Bouseux ne salue personne et nul ne fait attention à lui : il est connu dans toute la région pour son caractère de cochon. Il se dirige vers le panneau des petites annonces. Il sort un petit carton de sa poche, arrache au hasard une feuille punaisée qu'il transforme en boulette et place son annonce à l'endroit libéré. Puis il gagne le zinc, y jette deux euros de monnaie et attend sa pression en grinçant des dents. Les conversations reprennent.
...
Flavien-la-Flatte se lève et s'en va lire l'annonce de la brute : « Cherche durgence un chien de garde et une niche. Aussi une famme pour l'entretien de la maison. Bon salère garanti. S'adresser à Blaise Feronnard, ferme des Grands Prés. » Subrepticement, il sort un bout de crayon de sa poche, barre Feronnard et écrit au-dessus : « -le-Bouseux ».

17/02/2010

BYE-BYE BLACK

...Furibard, Blaise-le-Bouseux sort du poulailler en marmonnant des insanités dans sa broussailleuse et puante barbe. « Putains d'volailles ! T'as douze salopes de poules et un crétin d'coq et tu t'ramasses trois œufs ! Salop'ries d'futurs vol-au-vent ! Jus' bons à fienter, ces crétins d'volatiles ! »
...
En retournant vers le corps de logis, Blaise-le-Bouseux glisse sur un étron molasse de Black, le chien de garde attaché à sa niche par une longue chaîne près de la porte de la maison. Il perd l'équilibre, se redresse in extremis, fracasse un œuf dans la manœuvre. De rage, il balance violemment les deux survivants en direction de Black qui penaude dans sa niche.
...
Blaise-le-Bouseux n'en est pas pour autant calmé. Il rentre dans la maison, furax. En ressort avec son fusil à pompe chargé à balles dum-dum. Sans ciller, en deux minutes, il envoie la niche et son occupant ad vitam. Il se sent un peu moins mal.
...
Il gagne la cuisine. Se prépare un verre d'absinthe de contrebande. Cela fait douze jours que la Manon l'a quitté. L'évier en pierre du pays déborde de vaisselle sale. Le carrelage en pierres du pays est constellé de traces brunes - terre et déjections animales, surtout de la bouse. La pièce pue. Demain, c'est dimanche. Après l'ouvrage du matin, Blaise-le-Bouseux sortira la vieille bassine émaillée de la remise. Il fera chauffer de l'eau pour un bain. Se décrassera. Enfilera le costume de son père dans lequel il flotte un peu. Et à bord de son vieux Massey Ferguson 821D de 1960, il se rendra au bourg pour y trouver la perle rare.

Massey-Ferguson 1960.jpg

20/01/2010

CHIENNE DE VIE

...« J'en ai ras le cul de cette merde de vie ! Pas possible ! Je bosse, je bosse, je bosse et j'en ramasse plein la tronche. Je turbine dans des conditions insalubres. Huit, dix, douze heures par jour ! Confinée dans un local resserré, sombre, avec des courants d'air gras et inattendus qui arrivent de la cave. Heureusement que je suis en bonne santé malgré ma frêle apparence qui pourrait me faire passer pour une anorexique, ce que je ne suis pas. Et puis, il y a ces odeurs, écoeurantes, collantes. L'horreur !
...
Après le boulot, le bain. Qui dure, dure à m'en faire tourner la tête. Et quand le temps le permet, un bon petit coup de grand air pour me sécher. Suivent quelques heures de repos. Trop courtes. On me réveille et c'est reparti pour un tour.
...
Saloperie de métier ! À risques, en plus ! Toujours sur le qui-vive ! Tendue à l'extrême ! Dernièrement, si je n'avais pas eu un réflexe vitesse lumière, je me ramassais de plein fouet une énorme poutre venue je ne sais d'où ! Je n'ai aucune protection : pas de casque, pas de masque pour la respiration, pas de lunettes, rien de rien.
...
Le comble : il n'y a pas de règlement du travail là où je bosse. Je n'ai même pas de contrat ! Et pas de syndicat, d'après le peu que j'en sais. Quelqu'un pourrait-il avoir la gentillesse de contacter la FGTB* pour moi et me faire savoir si on peut m'aider à me sortir de ma condition de travailleuse au brun ? Je m'appelle Ficelle Destring et, vous le sentez, je vais bientôt craquer... HELP ! »

* Équivalent belge de la CGT.

Extrait de Impures fictions
(recueil en préparation)

16/01/2010

CERCLE SALACE

...La Guerre Totale - la plus longue et la plus meurtrière que l'humain ait connue - se termina enfin. L'armistice fut signé. Dans les neuf camps hier encore ennemis, les survivants se demandèrent ce qu'ils allaient bien pouvoir faire avec les armes et munitions restantes. Et ils trouvèrent très vite.

05/01/2010

POSTHUME À JOLI-CŒUR

Petite prise de tête d'une mère en colère.

Je te pichatte l'enculoppe, je te pourrifie, je t'encrotasse, je t'hyperinfâme, je te haine, je te monstrue dans la roujouate, je t'acrathème, je te williamsaurise et te chekspire, je te gromotte, je te cancrelasse, je te jeumasse, je t'hémastiche le glind, je t'ensoue, je te tipp-exècre même si juju t'abhdorait, je te vomycose, je te crachatousse, je t'abjecte votre honneur, je te croutèle, je te cul-klux-klhante, je te triguloutte, je t'écraspique, je te diarrhèque, tout cela en caractères gras.

(s)Lady Capulet

Extrait de Prose à hic
(Pré-textes de Jean Claude Bologne)
Éd. Gros Textes, 2001
Épuisé

04/01/2010

UN MYTHE À LA POUBELLE

...Après des siècles d'effort, Sisyphe parvint enfin à faire basculer son rocher de l'autre côté de la colline. Avec toutes les conséquences que les philosophes n'auront pas le temps d'analyser.

Magritte - Rocher.jpg