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17/02/2015

ROOM TWO-TWO-SEVEN (II)

Salle de bain propre
mais spartiate :
un évier avec miroir
une petite baignoire
avec douche
et un WC.
Une fois la chasse tirée
quand le réservoir
se remplit
la tuyauterie fait entendre
un long cri
de dinosaure
en rut.
Si c’est la même chose
dans la chambre
d’à côté
il va falloir commencer
par acheter
des boules Quies
ou deux bouteilles
de bon whisky.
Avons-nous
assez de pounds
pour le whisky ?

Extrait de Mes tripes à London, recueil inédit.

13/02/2015

ROOM TWO-TWO-SEVEN (I)

Chambre propre
mais spartiate :
un lit flanqué
de deux tablettes de nuit
une chaise
un miroir
un support pour
une bouilloire électrique
& deux tasses.
Rien de prévu
pour écrire.
Pas de rideaux
à la fenêtre
juste des tentures.
En face
même topo.
Comme l’écrivait
George Mikes dans
How To Be An Alien
« Les Anglais n’ont pas

de vie sexuelle
juste des bouillottes
d’eau chaude. »
Ou ils sont
simplement
exhibitionnistes
& voyeurs.

Extrait de Mes tripes à London, recueil inédit.

09/02/2015

RECEPTION DESK

“Sorry, Sir,
we don’t have any
reservation for you…
— Are you sure?
We booked three months ago.”
J’épelle à nouveau
mon nom.
Il revisite son PC.
Rien.
Il fouille dans une pile
de feuilles posées
sur une étagère
derrière lui
en extirpe une
qu’il me montre
avec un large sourire.
Je lis                 
NAME: DJAEJER.
Sauvé !
Mais moi qui pensais
savoir épeler mon nom
en anglais...
Je me console :
le gars lors de la réservation
n’était pas anglophone.

Extrait de Mes tripes à London, recueil inédit.

05/02/2015

APPRENDRE OU ALÉSER ?

J’ai pris mon pied
de nez de biche et d’autres.
Tu as pris le temps
bien que mal ou qu’à faire.
Il a pris la porte
à faux, voix et manteau.
Elle a pris la fuite
mais dut faire appel
à un plombier.
On a pris le large
le long le haut
et même le profond.
Nous avons pris les choses
en main en pied
et à redire.
Vous avez pris le maquis
de Sade et de Carabas.
Ils ont pris la tangente
l’hypoténuse et l’hyperbole.
Elles ont pris un verre
deux verres et de la bouteille.
Puis il fallut tout rendre
sous peine de poursuites
judiciaires.

27/01/2015

PEAU DE RENARD

J’ai écrasé un renard
un soir d’hiver
en rentrant au hameau.
J’ai ramassé la dépouille
et fait tanner la peau.
Depuis      
elle sert une fois par an
quand l’institutrice
parle du petit prince
à ses élèves.           

Franchement
j’aurais préféré
écrabouiller
le blondinet de la haute
plutôt que
cette superbe bête.

Texte publié dans le # 12 de la revue Cabaret,
repris dans Une femme à gros seins qui court un marathon.

07/11/2014

SREVNE’L À

Là et çà
Vilain et cher
Face ou pile
Si bien et tant
Vif ou mort
Modo grosso
Milou et Tintin
Vient-et-va
Net et clair
Pic-éporc
Déjà et d’ores
Ultra plus nec
Maillard-colin
Virgule point.
Tiordne’l à erircé
siamaj a’m en
ésserétni.

14/06/2014

AMBROISIE PARTY

Des poètes
émaciés
des poétesses
décharnées
sont là pour
se gaver de vers
de métaphores
de synecdoques
de litotes
& autres figures de style
en tous genres.
C’est le Midi
de la Poésie.
Ils repartent gavés
comme des oies
mais toujours aussi
faméliques.

16/05/2014

R.I.P.

Nous avons partagé
quelques mots
de silence
quelques regards
aux yeux
clos
quelques gestes
d’immobilité.

C’est que nous sommes
ailleurs
M’sieurs Dames
& qu’il faut
de temps en temps
nous oublier.

01/04/2014

LE POUVOIR DES YEUX DU NOMBRIL

Le poète
parle de lui.
De ce qu’il voit
autour de lui.
Le poète
n’a plus que
deux yeux
et un nombril.
Son cerveau
est vide.
Il n’a plus
d’imagination.
Il ne sait plus
– l’a-t-il jamais
su ? –
que Je
est un autre.

13/02/2014

LES MEILLEURS MOMENTS...

Un extrait de mon dernier recueil, Ouvrez le gaz trente minutes avant de craquer l’allumette. Voir plus bas pour les détails.

LES MEILLEURS MOMENTS.jpg

25/12/2013

Texte de circonstance

 

Il est né le divin enfant

Les curés lorgnent sa quéquette

Il est né le divin enfant

Faut lui blinder le fondement

JOYEUX NOËL !

Slade - Merry Xmas.jpg

14/11/2013

LA ViEiLLE

elle n’était plus
de première fraîcheur

il l’avait levée
sur un trottoir minable
d’un quartier pourri
comme la chambre
où elle l’avait emmené

sa piaule
sentait comme la mer

après quinze ans
de tôle
il avait fort envie
de revoir
la grande bleue


L'une de mes dix-sept contributions (quinze poèmes, un calligramme et une courte nouvelle) à Buk you! qui est sorti des presses de Gros Textes.

Toute l'info ici.

22/10/2013

FAMILLE DINGO 13

LE SPÉCIALISTE

Mononke Aleaume
vendait de l’électroménager
& réparait les télévisions
qui tombaient souvent en panne
au début des années 60.
Quand c’était la nôtre
il arrivait avec une caisse
en carton
déplaçait la lourde télé
ôtait le cache arrière
puis une par une
il remplaçait chaque « lampe »
par une neuve.
Si ça ne fonctionnait pas
il disait devoir reprendre
le poste chez lui
pour le tester.
On le soupçonnait
de le porter
chez un professionnel
car nous restions sans feuilleton
durant au moins
une semaine.

20/10/2013

FAMILLE DINGO 12

PRÊT POUR LES JO !

Le cousin Mamertin
voulut impressionner
la jeune galerie féminine
en plongeant tête en avant
de la berge
de la Semois.
Il n’avait pas pensé
aux cinquante centimètres
de profondeur
ni au fond rocailleux.
Il fallut beaucoup
de mercurochrome
pour désinfecter
ses multiples éraflures
au visage
aux bras & flanc droits.
Pendant longtemps
on le surnomma
le Cheyenne.

18/10/2013

FAMILLE DINGO 11

TRAVAILLER OU MOURIR

La sœur de Mèmère
s’appelait ’Ma
– sans doute pour Emma.
Très vieille jeune fille
de plus de quatre-vingts ans
fine comme du papier
à cigarette
elle travaillait toujours
comme une esclave.
Avec son dos
cassé en deux
presque à angle droit
elle pouvait ramasser
quelque chose par terre
sans pratiquement
se baisser.
Elle traînait des seaux vides.
Elle ne pouvait plus
toucher à ceux
remplis de lait :
elle renversait trop.

15/10/2013

FAMILLE DINGO (10)

LA POSTÉRITÉ POUR PUTSEYS

Mèmère – l’épouse du vieux Pamphile –
perdait un peu
la tête.
À la question :
« Mèmère, qu’est-ce qu’i’ faisait
’core, Putseys ? »
elle répondait
au quart de tour
& très rapidement :
« I’ dalleu din les cinses
aveu s’verrau su’ s’rododo
pou’ saut’ler les trouilles.* »
On lui reposait la même question
dix fois
vingt fois
aussi longtemps que les adultes
ne nous disaient pas d’arrêter
ce jeu stupide
mais si marrant
pour de sales gosses.

* « Il allait dans les fermes avec son verrat sur sa petite charrette pour engrosser les truies. »

 

13/10/2013

FAMILLE DINGO 9

CHIENNE DE FIN DE VIE

Le vieux mononke Pamphile
avait le tronc lié
par une grosse corde
au dossier d’une chaise
à roulettes.
Pas une chaise roulante :
une chaise en bois
à laquelle un menuisier
avait ajouté quatre roues.
Quand il faisait bon
quelqu’un le roulait dans la cour
de la ferme.
Quelqu’un le déplaçait
en fonction de l’ombre.
Je ne l’ai jamais
ni vu bouger
ni entendu parler.

09/10/2013

FAMILLE DINGO 8

SOUFFLÉ !

Vicieux comme
un clou rouillé
mononke Aignan
– celui de la toilette
à mouches –
adorait mettre la main
aux fesses des jeunettes.
Lors d’une réunion de famille
la cousine Oranne
qui avait un peu grandi
depuis la dernière fois
lui balança un aller-retour
digne d’un best of
de full-contact.
Le soufflet jeta un froid
sur les agapes
hormis les joues
du grand-oncle vicelard
qui durent le brûler
pas mal de temps
même si sa couperose
jouait bien son rôle
de camouflage
pour camouflet.

07/10/2013

ÉTIQUETTE EXPRESS

« Tu n’es qu’un réac ! »
m’a-t-il asséné
parce que j’expliquais
ma répugnance envers
le livre électronique.
S’il en faut si peu
pour être étiqueté
« réac »
nous devons être
une fameuse fratrie
une écrasante majorité
même dans les milieux
libertaires.

28/09/2013

FAMILLE DINGO 7

GAIA N’EXISTAIT PAS

En arrivant chez tante Gaubruge
je la trouvai
au bord de la route
près de la rambarde du ruisseau.
Elle « massoquait » des chatons
à peine nés :
d’un geste vif et précis
elle leur fracassait la nuque
contre l’arête de la bordure
en pierre bleue
& jetait les cadavres
dans le filet d’eau.
Du gore avant la lettre !
Quelques années plus tard
je retrouvai les mêmes gestes
– sans ruisseau –
chaque fois que mes chiennes
non opérées
aussi coureuses que volages
mettaient bas
sept ou huit chiots..

26/09/2013

FAMILLE DINGO 6

PÊCHE INTERDITE

Entre la maison
& le jardin
de marraine Macrine
coulait une rivière
de trois mètres de large.
Pour gagner le potager
un vieux pont
fer et béton
avec une rambarde
côté aval.
Pour tuer le temps
je m’asseyais jambes ballantes
de l’autre côté
& comptais le nombre
de chasses tirées
dans les maisons en amont.
Les dimanches d’épidémie
de gastro
le temps passait
plus vite.

22/09/2013

CANICULE FERROVIAIRE

Coin de banquette
opposé au soleil
qui cogne comme un malade
depuis le matin.
En face de moi
une quarantenaire
grande & mince
en minirobe blanche.
Je remarque
deux petites taches
brunes (café ?)
sur le corsage
au niveau du sein droit.
Dommage.
Sans ces deux petites taches
brunes (café ?)
je l’aurais bien draguée
cette mignonne
petite robe blanche.
J'insiste :
la robe
pas son contenu.

20/09/2013

FAMILLE DINGO (5)

CHER PAYÉ

À la nouvelle année
nous allions présenter
nos vœux
à bobonne Séraphine.
Déjà grabataire dans
mes plus anciens souvenirs
elle gisait sur un lit
dans une chambre vieillotte
de la maison de sa fille.
Il fallait faire la bise
à la peau parcheminée.
La bouche qui marmonnait
n’était qu’un trou édenté.
De ses serres gauches
elle glissait dans ma main
une boulette de papier
qui une fois dépliée
devenait un billet
de vingt francs :
de quoi m’offrir
deux paquets de bonbons.

18/09/2013

L’EXPÉRIMENTATEUR

Il dormit dans un nid
tout en haut d’un arbre.
Il dormit dans un gîte
au milieu d’un labour.
Il dormit dans une tanière
un peu à l’étroit.
Il dormit dans une grotte
sous le regard mort
des chauves-souris.
Il dormit finalement
dans son lit
content & fier
de ses expériences.
Heureux surtout
d’enfin dormir.

14/09/2013

FAMILLE DINGO 4

COORDONNÉES FESSIÈRES

Dans la villa cossue
de l’oncle Aignan
il y avait deux toilettes.
L’une à l’étage
dans une salle de bain
aussi rutilante
qu’interdite aux visiteurs.
L’autre dans un recoin
de la remise :
planches percées d’un orifice
circulaire avec vue
directe sur une fosse
sans évacuation.
Royaume des mouches !
Comme papier WC
un Bottin obsolète
à califourchon
sur une ficelle.
Ses pages devaient laisser
comme sur les doigts
des taches d’encre noire
à l’entrefesse.

12/09/2013

SÉRÉNITÉ CAMPAGNARDE

Dix heures du matin.
Aux chants des oiseaux
au bourdonnement des abeilles
au bruissement des feuilles
sous la brise légère
vient se superposer
venant du lointain
la cloche de l’église
du village.
Pour quelqu’un
qui a décidé
de lutter
contre la surpopulation.

08/09/2013

FAMILLE DINGO 3

Bouillie de poussin

Le cousin Donat
de quatre ou cinq ans
mon cadet
avait reçu des poussins
pour je ne sais
quelle occasion.
On m’avait invité à venir
jouer avec lui (eux ?).
Ô joie...
J’écrasai par inadvertance
l’une des bestioles
qu’en catimini je balançai
bien loin dans le jardin
du voisin.
J’ai cru que le cousin Donat
allait devenir fou
quand il remarqua
la mystérieuse disparition
de l’un de ses jouets.

04/09/2013

FAMILLE DINGO 2

Carnage d'idoles

Le cousin Eustache
était un rien brindezingue.
Son frère avait garni
la salle de séjour de posters
de son équipe de foot préférée.
Eustache me disait :
« Rwête* Piot ! »

& PAN
avec son revolver à air comprimé
il envoyait un diabolo
au beau milieu du front
du gardien du Standard de Liège.
Je le trouvai un jour
en pleurs.
Ses parents lui avaient
définitivement
confisqué son jouet préféré.

* Regarde

02/09/2013

FAMILLE DINGO 1

Lit à roulettes ?

Le cousin Caprais
& son épouse Ménehould
habitaient une grande roulotte
très bien aménagée
ceinte d’un propret jardinet.
Il s’agissait là-bas
de rester gentiment assis
à contempler la blinquante
bimbeloterie rococo
à compter les babioles
à attendre le moment
du départ.
Ne se connaissant pas
d’ennemis
le cousin Caprais
& sa moitié
moururent dans le lit
de leur proprette chambrette
à roulettes.

29/08/2013

40th STREET

À l’endroit où
la Rue de la Corde
devient Rue du Gibet
se dresse la Rue du Pendu :
deux rangées d’échelons
bien verticales.
On monte par la gauche
& l’on redescend
– pas le choix –
par la droite.
Cette rue ne sert
strictement
à rien.